FAVORISER L'AGRICULTURE BIO LOCALE GRACE A LA RESTAURATION SCOLAIRE ET A LA COMMANDE PUBLIQUE: UNE BONNE INITIATIVE DE BRUNO LEMAIRE

Vous avez défendu le plan national pour l’Alimentation (P.N.A.) au cœur de la loi de modernisation agricole. Ce plan comporte la défense du patrimoine culinaire français, le GEM RCN [1], l’éducation nutritionnelle ou encore le développement des circuits courts. Nous estimons qu’avec 3 milliards de repas par an, la restauration collective devient un des lieux majeurs d’application de ces objectifs définis par la loi. Quelles recommandations, pouvez-vous faire pour que notre secteur soit porteur de ces objectifs ?

L’alimentation est un sujet de préoccupation quotidien de tous les Français. Avec la Loi de Modernisation de l’Agriculture et de la Pêche (L.M.A.P.), nous avons lancé une véritable politique publique de l’alimentation, tant pour offrir à tous nos concitoyens des produits sains, variés et de qualité, que pour recréer du lien entre les consommateurs, les agriculteurs et les pêcheurs, et rappeler à tous que l’alimentation reste la finalité première de l’agriculture et de la pêche. Dans les entreprises, les écoles, les administrations, les hôpitaux ou les maisons de retraite, les professionnels de la restauration collective sont en contact direct et quotidien avec les consommateurs. Ils ont donc un rôle majeur à jouer pour mettre en œuvre le programme national de l’alimentation inscrit dans la L.M.A.P. Le Comité de Coordination des Collectivités (C.C.C.) a d’ailleurs participé activement à l’avis du Conseil national de l’Alimentation sur la restauration scolaire puis au groupe de travail sur les exigences nutritionnelles, piloté par la Direction générale de l’Alimentation. Ensemble, nous pouvons agir pour améliorer la qualité de l’alimentation servie au plus grand nombre.

Tout le monde côtoie un jour un restaurant de collectivité. Présent dans les entreprises, les écoles, les administrations, les hôpitaux, les maisons de retraite, nous sommes un vecteur de transmission du patrimoine culinaire. Pour vous, quels liens la restauration sociale peut-elle défendre et développer avec le monde agricole ?

La restauration collective peut être un vecteur de communication efficace autour de l’alimentation, que ce soit sur les questions d’équilibre alimentaire ou sur l’origine et la saisonnalité des produits. Il faut inciter les gestionnaires à décrire les plats servis avec des termes culinaires attractifs et compréhensibles par les élèves. Il faut aussi développer le dialogue avec les usagers et prendre en compte leur avis pour améliorer les menus.

La restauration collective est un levier pour le développement économique de l’agriculture biologique en France. Quelles recommandations pouvez-vous faire à ce sujet pour que ce marché puisse se développer au-delà des recommandations du Grenelle de l’environnement ?

L’agriculture biologique répond à une véritable attente des consommateurs en matière de protection de l’environnement : 45 % des Français se disent intéressés par des repas bio au restaurant. Pour développer et conforter l’agriculture biologique française, le Gouvernement s’est engagé depuis 2007 dans une vaste politique de soutien aux producteurs et de structuration de la filière. Plus de 100 millions d’euros y sont consacrés cette année. En 2009, 25 000 producteurs, transformateurs, distributeurs et importateurs étaient déjà impliqués dans le bio et plus de 10 exploitations s’y sont converties chaque jour. Lors du Grenelle, nous nous sommes aussi fixés pour objectif d’atteindre 20 % d’approvisionnement bio dans la restauration collective publique en 2012. Au restaurant de mon ministère, nous étions déjà à 13 % d’approvisionnement bio en 2009. Entre 2008 et 2009, les achats de produits bio ont doublé dans la restauration collective française ; mais pour maîtriser les coûts et ne pas favoriser les circuits d’importation, l’introduction du bio doit être progressive et s’accompagner d’une formation adaptée des acheteurs et des cuisiniers.

La loi de modernisation de l’agriculture comporte l’obligation d’appliquer des recommandations nutritionnelles en restauration scolaire. Quel est votre point de vue quant à cette réforme ? Va-t-elle être étendue aux autres secteurs de la restauration collective et sociale des entreprises, des hôpitaux, des maisons de retraite, des administrations ?

Les habitudes alimentaires sont acquises dès l’enfance et elles sont ensuite très résistantes aux changements : c’est à cet âge qu’il faut donner des repères alimentaires et transmettre la richesse de notre patrimoine culinaire. La restauration scolaire et universitaire peut y contribuer en proposant un régime alimentaire équilibré, cohérent avec les messages nutritionnels que les jeunes voient chaque jour sur les écrans. Face à l’augmentation de l’obésité et à l’application insuffisante des recommandations de la circulaire de 2001, nous avons décidé de rendre le respect des règles nutritionnelles obligatoire. Je me suis engagé devant le Parlement à définir les modalités d’application de cette loi en concertation avec les élus locaux, afin qu’elles soient pragmatiques et que les contrôles aient une vertu pédagogique. Suite au débat parlementaire, l’obligation de respect des règles nutritionnelles a également été étendue aux crèches, aux établissements sociaux, médico-sociaux, pénitentiaires et de santé, parce qu’il s’agit de publics fragiles ou captifs particulièrement dépendants des repas qui leur sont servis. Ensemble, nous devons adapter les recommandations du GEM RCN à ces différents contextes et à l’évolution de l’offre alimentaire.