LA PROMOTION DES LANGUES LATINES: UNE VISION GEOPOLITIQUE

Publié le par JEAN DU TERROIR

Nous connaissions déjà le rôle de la francophonie comme garant d'une solidarité entre la France et, essentiellement, ses anciennes colonies mais aussi les Etats avec qui elle est liée par des traditions diplomatiques comme le Liban ou, même, certaines provinces comme le Québec. Cette francophonie n'est pas suffisemment organisée dans le sens d'accords militaires, économiques et...migratoires!

Il n'est pas utile de rappeler que l'hispanophonie s'étend essentiellement dans ce que l'on appelle l'Amérique Latine-moins le Brésil, nous allons y venir- à ceci près qu'il faudrait déplorer son recul dans les Philippines et nous féliciter  de son avancée, dépassant désormais une simple "reconquête", sur le territoire des Etats-Unis d'Amérique où elle jouxte désormais les rares régions restées francophones.

En revanche, l'intérêt stratégique de la lusophonie est moins connu, certainement plus complexe mais au moins aussi intéressant depuis la montée en puissance d'une Angola qui, désormais débarassée du marxisme, profite à fonds de ses ressources énergétiques un peu au "profit" de son ancienne métropole, et surtout de l'appartenance désormais acquise, malgré les revendications sociales en cours assez classiques de ces pays, du géant sud-américain qu'est le Brésil au club assez fermé des "B.R.I.C.S.".

               L'on pourrait bien sûr déplorer, comme concernant l'espagnol aux Philippines, un recul du portugais et du français dans les anciens comptoirs chinois ou indiens comme dans ce qui reste des colonies au Vietnam ou au Timor oriental mais l'on pourrait aussi en tirer une problématique d'organisation face à l'avancée du "globish", principalement justement sur le continent asiatique.

Car, contriairement aux colonies anglaises ou hollandaises, les puissances latines-le cas italien étant beaucoup plus limité que les trois autrespuissances des  temps modernes- ont utilisé le vecteur de l'évangélisation et, dans les régions reculées dans la forêt équatoriale ou dans certains autres cas spécifiques comme l'Altiplano à la limite du Pérou et de la Bolivie où les missionnaires ont préfére l'emploi des langues indigènes comme meilleures garantes de la préservation des coutumes, la latinité a été un vecteur d'échanges tandis que, ailleurs, elle s'est imposée comme un référentiel culturel.

                       Or, qu'il s'agisse de la question latente du "Québec libre", des évènements actuels du Venezuela, malgré tout puissance pétrôlière, ou de la résistance sur le continent asiatique-où de toutes les façons les multinationales ne pensent le plus souvent qu'en termes de délocalisations, il est un fait qu'un bloc "latin" pourrait s'organiser et ce, suffisemment pour faire poids au bloc anglo-saxon s'il sait en outre user des traditions géopolitiques de certains de ses Etats-membres.

Mais il y a plus que les "traditions géopolitiques", il y a la stabilité culturelle, qui a ses défauts mais qui, à l'heure où la domination objective de l'Union européenne par l'Allemagne réduit les Etats latins privés de la marge de manoeuvre monétaire à un rôle de "quémandeur" qui aggrave inéluctablement leurs dettes publiques malgré le discours convenu et ce, alors même que des pays comme l'Angola montrent la voie par rapport à leur ancienne métropole.

 

Le monde latin a des ressources- y compris si l'on utilise la théorie que je conteste habituellement des "avantages comparatifs" de Ricardo- si les habitants des Etats à la société de consommation finissante consentent des petits sacrifices de court terme, et il aurait tort de s'en priver, pour le plus grand bien de l'Humanité.

Faire reculer le "globish" dans les zones tampons n'est pas un objectif vain.

 

 

Publié dans EUROPE SUPRANATIONALE

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