L'ABANDON DE LA TAXE CARBONE EST-ELLE LA REPONSE LA PLUS ADAPTEE A LA DEFAITE DE LA DROITE AUX ELECTIONS REGIONALES ?

Publié le par JEAN DU TERROIR

 

                       Lors de ce qui a paru être une « gaffe » du Président de la République au Salon de l’Agriculture « les questions d’environnement, ça commence à bien faire », nous avons pu penser qu’il s’agissait « uniquement » de ne pas pénaliser les agriculteurs ce qui n’empêche pas de les encourager à l’agriculture biologique. C’est du moins comme cela que Monsieur Borloo l’a interprété. Il semble pourtant qu’une amertume commençait à poindre quant à un choix de  la majorité de « courtiser » spécialement les électeurs correspondant à cette mouvance, plutôt que ceux de « l’aile droite » de la majorité qui avaient contribué activement à son succès en 2007 et par défaut en 2009, même si je suis bien placé pour dire qu’il n’y a pas d’antinomie entre les deux. Amertume accentuée par  le soutien apporté par les listes d’Europe Ecologie au parti le moins respectueux de l’environnement qui soit à savoir le Parti Socialiste ! Certes, ce n’était pas nouveau mais c’était l’un des effets attendus de la très controversée-à juste titre-« ouverture à gauche » et ce, en plus du terrassement du MoDem ! En effet, de la même façon que le Front National a maintenu ses listes contre la majorité présidentielle partout où il le pouvait, chose compréhensible mais désastreuse pour « l’intérêt général » régional, Europe Ecologie aurait pu tout aussi bien maintenir ses listes contre le Parti Socialiste, en arguant du mépris de ce dernier pour les questions environnementales, le cas de la "P.A.C.A." n’étant pas le moindre des exemple.

 

                           En effet, la vraie écologie est de droite, valorisant la responsabilité individuelle, les « corps intermédiaires » et le « localisme ».

Reste à savoir si la « taxe carbone » y était la réponse la plus appropriée. Puisque nous sommes dans un contexte « local » ou « territorial », il ne me semble pas inutile de rappeler que la suppression de la part « investissement » de la taxe professionnelle n’était pas une mauvaise chose en soi…à ceci près que, contrairement aux charges sociales à propos desquelles pas grand chose n’a été fait depuis 2007, son produit était alloué aux collectivités locales qui en gaspillaient normalement moins la somme correspondante que « l’Etat-Providence » car il est un fait que l’on dépense mieux l’argent public « au plus près du terrain ». C’est la raison pour laquelle j’émettais des réserves à propos de la suppression de la taxe professionnelle, même si je m’y suis rallié parce qu’elle ne touchait que la part « investissement »-or, l’investissement localisé privé est toujours une bonne chose- , parce qu’elle amènerait probablement plus d’emplois-à condition de contreparties encore insuffisantes dans les faits-, parce que les collectivités locales « bénéficient » déjà largement des services publics étatiques et des retraites-au point de générer une inflation dans certaines régions comme la Côte Basque ou la Côte d’Azur préjudiciable aux populations locales- et parce que…le produit de la taxe carbone, nécessairement moins important que la taxe professionnelle –sinon disparaît l’intérêt pour les entrepreneurs- pourrait être redistribué aux collectivités locales !

 

                 Je suis ultra-favorable au principe « pollueur-payeur » et suis le premier à regretter que les mastodontes pétroliers comme Total dans l’affaire de l’Erika aient laissé les collectivités de l’Ouest assumer l’essentiel du financement correspondant au désastre dont ils sont à l’origine. Ce n'est pas le verdict récent qui change la donne...

Reste que tous les « pollueurs » ne sont pas dans la situation de Total et ont malheureusement un peu « besoin » de consommation énergétique pour vivre et pour jouer le rôle de gardiens du « développement durable » comme les agriculteurs, dont la nécessaire reconversion à l’agriculture bio ne peut se faire que progressivement. Reste aussi que certaines industries sont dans l’état garantes d’un aménagement du territoire équilibré-celui-là même qui valorise le « jardin potager » et la chasse au lieu de la friche saccagée par les prédateurs herbivores- et que leur fermeture, déjà largement entamée, je peut que favoriser la marginalisation des populations concernées, sauf si elles commencent à fonctionner à la « grecque » mais l’Etat-Providence y veille malheureusement- ou leurs migrations vers les grandes métropoles, comme l’a justement fait remarquer le maire de Nice Christian Estrosi, qui s’est avéré à cette occasion un vrai défenseur du « patriotisme industriel ». En fait, je serais plutôt favorable à un système d’incitation à l’efficacité énergétique pour valoriser les investissements visant les économies d’énergies ce qui, au passage, « créerait » des emplois. Mais il faudrait aller plus loin et, comme l’a déjà suggéré Patrick Devedjan, envisager de pénaliser « aux frontières » les produits d’importation ne respectant pas un minimum de critères environnementaux ce qui conduirait à faire de l’écologie sans pénaliser nos producteurs et favoriser des délocalisations désastreuses. Je ne voudrais pas que, sous le juste prétexte du soutien absurde des Verts au parti le plus anti-écologique qui soit aux dernières élections régionales et de la pénalisation qu’une taxe engendrerait pour les petits entrepreneurs locaux, l’idée elle-même soit abandonnée alors qu’il y a possibilité sans léser ces derniers.

 

Evidemment, cela ne suffira pas à contenter les anciens électeurs de Nicolas Sarkozy, à propos duquel j’avais déjà noté à l’hiver 2008 un phénomène de « dévoilement d’un long malentendu » devant la distorsion, au demeurant fatale compte-tenu des marges de manœuvres réelles de « l’Etat-Providence », entre communication évènementielle et transposition pratique, un temps éclipsé par une présidence française de l’Union européenne plutôt réussie. Avant tout, le Parti Socialiste aurait bien tort de mettre l’échec de la majorité sur le compte de la politiques de réformes tout comme le Front national aurait tort, même si c’est beaucoup plus compréhensible, de mettre ce même échec sur le compte d’un reniement pur et simple des promesses électorales sur les sujets importants mais limités de l’immigration et l’insécurité, attend que les gens ne font pas toujours le lien pourtant évident entre les deux comme en témoigne le traitement indigne réservé à l’éditorialiste Eric Zemmour.  L’abstention et la popularité du Premier Ministre suffisent à nuancer ce sophisme, pour le premier, et simplisme, pour le second, même si pour ma part, j’accuse beaucoup « l’ouverture à gauche ».

 

                 Heureusement, c’est aussi l’occasion d’effectuer de nouveaux « transferts de compétences » pour obliger les socialistes à mieux gérer l’argent public « au plus près du terrain » et ce, pour quatre ans seulement car interviendra alors la réforme territoriale qui aura là aussi des aspects paradoxaux : fusion des assemblées délibérantes, source d’économie mais séparation strictes des fonctions  alors que, notamment en Vendée, la « clause générale de compétence » a été utilisée à bon escient.

                       Je crois que ce qu’attendent légitimement les Français n’est surtout pas l’abandon des réformes visant à l’allègement de « l’Etat-Providence »-ils sont de plus en plus conscients de l’incertitude que notre abyssale dette publique fait peser sur leur « train de vie » à moyen terme- mais une concrétisation des effets bénéfiques de celui-ci en termes d’emploi et d’enracinement dans un tissu local. Ce qui implique une concrétisation davantage accentuée des mesures de lutte contre les délocalisations, à travers un vrai plan de relocalisation, un véritable transfert de l’argent détenu par les banques de la spéculation boursière vers l’économie réelle et une possibilité de bénéficier d’un meilleur cadre de vie à moindre coût ce qui implique la réhabilitation des notions d’identité et d’enracinement dans leurs acceptions pratiques.       En matière agricole, par exemple, le chef de l’Etat a refusé d'accepter le démantèlement de la politique agricole commune et de laisser la spéculation fixer de façon erratique des prix agricoles qui ne permettraient pas à nos agriculteurs de vivre décemment du fruit de leur travail», chose en quoi il a en partie raison  mais c’est oublier que, très coûteuse au contribuable, la P.A.C. a, même si elle respectait au départ le modèle d’exploitation familiale, instauré un modèle d’agriculture productiviste conduisant à une rupture du lien entre l’agriculteur et son environnement et ce, au détriment de l’enracinement. Il serait peut-être moins coûteux d’alléger tout simplement les charges sociales des petits agriculteurs et notamment ceux qui se lancent dans le « bio » comme cela avait d’ailleurs été amorcé au moment du plan d’aide à l’agriculture l’été dernier.

 

                      Les Français  attendent aussi légitimement un « changement de cap » dans la méthode de gouvernance sarkozienne consistant en de l’hyper-communication alors même que, chose que les Français ne savent pas tous, le processus institutionnel et législatif, la lourdeur du système administratif, le surendettement rendant l’Etat tributaire de la faiblesse des taux d’intérêt de même que la dépendance de nos concitoyens envers l’ « Etat-Providence » font que les choses ne peuvent aller si vite que cela. Très bien conseillé par notre ami Henri Guaino ces dernières années, l’actuel chef de l’Etat a mesuré assez bien les problématiques du « pays réel » qu’il dirige aujourd’hui. Il semble néanmoins que, si l’éclatement de la crise l’a incité à impulser une démarche interétatique de bon aloi dans la gouvernance européenne au second semestre 2008, elle a ensuite exacerbé les problématiques déjà latentes de déconnexion entre une économie tertiarisée, à la fois spéculative et bureaucratique et le « pays réel » qui rend dérisoires les discours et les mesurettes en faveur de la « relocalisation » de l’économie. C’est là que la gouvernance du chef de l’Etat gagnerait à s’appuyer davantage sur la profondeur que sur la communication instantanée qu’il pratique certes avec brio.

 

                           Pour finir, je dirais qu’il convient, comme l’a suggéré Lionnel Luca, de rechercher enfin, au lieu des idéologues de la gauche qui n’amènent pas d’électeurs supplémentaires à la majorité,  les compétences de la droite que le résultat de dimanche a encore davantage brimées, je pense à celle du président du conseil général de la Vendée Philippe de Villiers et de ses (anciens) proches comme le sénateur Bruno Retailleau, aux compétences notables en termes d’économie locale et durable.

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marcus 29/03/2010 15:28


la droite dans les AM. La fausse droite ou la vraie droite?


Agnès 27/03/2010 14:19



En bref, ce n'est pas la posture "écolo" qui a fait perdre des voix mais l'"ouverture à gauche", il ne faut pas se tromper!

D'ailleurs, la "taxe  carbone" aux frontières parait à la fois plus populaire et...plus appropriée en termes de "compétitivité".