UN RETOUR HYPOTHETIQUE DE LA CROISSANCE, UN RETOUR PROBABLE DE L'INFLATION,POURQUOI?

Publié le par JEAN DU TERROIR

                  Le raisonnement conduisant à miser sur les "produits d'importation" pour faire baisser les prix à court terme est éminemment pervers, tout d’abord parce que le déficit d'activité induit a un coût indirect pour les sociétés affaiblies du "Vieux Continent" qui, en France, se matérialise par des prélèvements obligatoires supplémentaires pesant avant tout sur le patrimoine réel-par opposition à la spéculation boursière-et sur l’outil de travail-puisque l’on a décidé de ne pas taxer les produits d’importation-, prélèvements qui ne font qu’aggraver le phénomène.

C’est aussi le piège de la baisse des matériels de N.T.I.C. qui, pour utile qu’elle soit lorsqu’il s’agit de limiter la dépense publique, peut au contraire aussi en limiter les recettes par déficit d’activité.

 

 

                   Ensuite, le déséquilibre entre un Occident qui s'endette pour continuer à consommer et un Orient qui produit en vendant et prêtant à l'Occident comporte une conséquence directement à l'origine de la crise : l'aggravation de la dissociation du capital et du travail laquelle est structurellement génératrice de bulle spéculative et donc de crise.

Afin d'encourager la "relance", les Etats-Unis d'Amérique ont été obligés de "faire marcher la planche à billet à fonds", ce qui entraîne nécessairement une inflation à moyen terme. Comme les organismes de crédit continuent à privilégier dans ce cadre les risques de nature spéculative aux risques pourtant moindre de financement de l’économie réelle, les Etats européens seront à un moment donné obligés de répercuter cette spirale inflationniste pour alléger leurs dettes publiques abyssales.

Pour l’instant, la limitation de  cet effet "planche à billet" en Europe, due à une politique monétaire restrictive, ne favorise pas tellement non plus le Vieux Continent car la dépréciation du dollar entraîne une hausse du coût des matières premières.

 

                 Surtout, nous touchons là au problème de la rareté des matières premières, justement, que la « crise » aurait plutôt tendance à pallier…à première vue. L’encouragement généralisé aux échanges comporte nécessairement des répercussions inflationnistes  en termes de matières premières car « ce qui est rare, eu égard aux besoins, est cher ». Et puis, les pays asiatiques ne connaissent la crise que via leurs partenaires occidentaux dont ils profitent largement par ailleurs. Aussi n’ont-ils d’autre choix désormais que de continuer à produire pour exporter, en utilisant pour cela des matières premières. A moins de privilégier leur consommation intérieure mais, quelque part, cela revient au même sauf à réhabiliter leur société traditionnelle.

Rappelons surtout qu’ils n’ont aucun intérêt à ce que le dollar s’effondre puisqu’ils détiennent la majeure partie des bons du Trésor américain et que, pratiquant la « dévaluation compétitive », ils utilisent la faiblesse de leur monnaie, en complément de la faiblesse de leurs coûts de production, comme atout à leurs exportations.

 

 

                          Ces considérations générales ne seraient néanmoins pas complètes si l’on omettait que certains secteurs échappent au moins partiellement à l’évolution générale des prix.

 De la même manière que « l’euro fort » est apprécié dans le cadre de « voyages à l’étranger » et comporte d’ailleurs des conséquences en termes de « déficit d’activité »aussi-tandis que nombre de citoyens ressentent la juste impression que l’euro a entraîné une perte de pouvoir d’achat tout en prétendant lutter efficacement contre l’inflation, certains postes de dépenses échappent aux aléas de la conjoncture économique internationale.

Nous l’avons dit, l’explication principale de la distorsion entre le haut niveau de l’euro et son impact sur le pouvoir d’achat des Européens s’explique notamment par la chute des produits liés aux Nouvelles Technologies qui ont un impact structurel sur les trois facteurs recensés plus haut. Et « créant » une nouvelle dépendance sociale coûteuse et pas nécessairement exploitée là où elle devrait l’être, dans les frais de fonctionnement des administrations notamment.

Mais il faut bien constater que, en dehors de certains pays aujourd’hui malmenés par l’éclatement de la crise financière comme l’Irlande ou de la bulle immobilière comme l’Espagne, on ne peut dire vraiment qu’il a fallu attendre la faillite de Lehmann Brother pour connaître une période d’anémie économique-certes malgré une croissance légèrement positive-et pourtant certains secteurs comme l’immobilier ont connu une flambée des prix sans précédant entre 1997 et 2007, atteignant peut-être un niveau « plafonds » à l’été 2008. A un niveau complètement déconnecté de l’évolution des revenus des ménages…le ralentissement des mises en chantier pouvant faire craindre une limitation de la baisse.

Il en est de même pour les produits pétroliers qui ont poursuivi leur évolution positive, même s’il faut tenir compte du rôle des taxes et de l’influence des spéculateurs.

Le financement des « bulles immobilières » par les banques est peut-être aussi pervers que leur financement des « bulles spéculatives » car cela s’avère négatif pour le « pouvoir d’achat » à moyen terme, contrairement à leur rôle théorique de financement de « l’économie réelle ».

 

                  Au niveau alimentaire, la mise en concurrence au niveau mondial aboutit à une marginalisation des productions les moins "rentables" et c'est ainsi, alors que l'on dénonce paradoxalement une certaine "surproduction", que certains produits alimentaires commencent à manquer y compris chez des Etats exportateurs et que, dans les pays occidentaux, cela se traduit par une inflation car « tout ce qui est rare est cher ».

Dans notre pays qui subit à la fois la "concurrence déloyale", le phénomène de marge et le haut niveau de charges sociales, on arrive à payer cher des fruits et légumes qui poussent très bien dans nos contrées. Il faut dire que le prix de vente au consommateur ne correspond en rien au prix de vente au consommateur.

Cette question « alimentaire » se trouve bien au cœur du paradoxe car, alors on ne peut objectivement pas corréler la croissance antérieure à la crise et l’inflation. Il y a bien sûr le rôle des aléas climatiques comme la sécheresse cette année mais il faut avant tout ramener la question à un équilibre des secteurs et des territoires. N’est-ce pas  le déséquilibre territorial qui fait que peu de gens disposent de jardins suffisants pour se passer des circuits de distribution ? Et le déséquilibre des secteurs qui confère à ces derniers un poids surdimensionné alors même qu’ils ne produisent pas et ne comportent finalement d’impact positif en termes d’emplois que lorsqu’ils sont implantés dans des régions « dévitalisées »?

 

Tant que l’on ne produira pas ou plus en Occident et en France en général, il faudra s’attendre à une rareté accrue de certaines matières premières ou biens de consommation qui se traduira par une forme de « stagflation »,  la relance budgétaire qui deviendra nécessairement monétaire à un moment donné ne pouvant qu’amplifier le phénomène.

Car la tertiarisation de l’économie «  profite » essentiellement à l’agglomération parisienne où les prix de l’immobilier restent pour l’instant prohibitifs, nombre de jeunes actifs devant « monter à Paris » pour s’insérer dans la vie professionnelle.

 

                Or, j’ai toujours dit qu’une saine croissance sans inflation passait par un équilibre sectoriel doublé d’un équilibre territorial non seulement en France mais dans le monde, les échanges ne devant que pallier l’absence de capacité de production de tel ou tel secteur dans tel ou tel pays ou région et en aucun cas provoquer la disparition d’un secteur qui « marche », qui, en pratique, provoque la faillite d’une région entière et son « assistanat » par les pouvoirs publics nationaux et européens.

Bien sûr, vous me parlerez de la nécessité de « gros ensembles » pour peser dans un contexte de compétitivité internationale mais je répondrais que, à l’heure d’Internet et de l’économie numérique, rien n’interdit de répartir harmonieusement ces pôles de compétitivité, à l’instar des vendéopoles, qui amèneront nécessairement une activité source de richesse.

L’inflation n’est pas seulement la conséquence d’une croissance « mal maîtrisée » mais surtout d’une croissance mal répartie- sur le double plan sectoriel et territorial- qui dans nos régions ne compte que sur la « consommation » des ménages, laquelle ne peut qu'être pénalisée par le retour de l'inflation.

Même si quelques efforts ont été déployés en ce sens par le gouvernement Fillon, je crains surtout que la « reprise » ne se traduise surtout par un retour des problématiques de l’été 2008 avec constitution de nouvelles bulles spéculatives et aggravation de la dette publique lorsque les taux d’intérêt finiront par remonter.

Le plan de soutien aux PME qui vient d’être annoncé, dans le même esprit que le « fonds d’investissement stratégique » me semble plus approprié que les « garanties » exorbitantes dénuées de véritables contreparties accordées aux organismes bancaires.

 

Publié dans Jeunes Entrepreneurs

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DUCASSOU 10/10/2009 14:30


Les Etats seront obligés de faire marcher la "planche à billets" pour financer leur dette