LES LECONS DE LA CRISE ONT-ELLES VRAIMENT ETE TIREES?

Publié le par JEAN DU TERROIR

                En même temps que la continuation de la pratique du bonus, nous avons constaté cet été  une sensible amélioration des performances boursières des grands groupes qui ne se traduit pas vraiment dans « l’économie réelle ». Certains analystes s’inquiètent même du comportement de certains nouveaux actionnaires comme les  porteurs chinois qui pourrait générer une trop forte spéculation boursière ou nouvelle « bulle » dont l’éclatement inévitable provoquerait à moyen terme une nouvelle crise.

Et quant à l’attitude des pouvoirs publics, les victimes en sont souvent davantage les « Français moyens » contribuables qui ne spéculent pas que les spéculateurs eux-mêmes qui, délocalisant habilement leur argent, ne paient pas d’impôt finalement.

 

 

 

              Avec des taux devenus très faibles et de vannes monétaires ouvertes de la part des banques centrales, les principaux groupes cotés ont levé une énorme somme d’argent pouvant dans l’absolu servir à une reprise des investissements en 2010 mais qui a été détournée au profit des grands indices boursiers, notamment à Shanghaï avec près de 500000 ouvertures de comptes titres par semaine. Avec un risque évident de nouvelle bulle spéculative.

 

Le fait même que l’emploi reste à la traîne au milieu de ces indices de reprise dont les plus importants semblent ceux de la Bourse peut laisser craindre à un nouveau processus de dissociation du capital et du travail.

Parallèlement, le niveau des encours bancaires reste très en deçà des objectifs fixés en contrepartie des aides publiques accordées.

L’amélioration des profits des entreprises, au sens du fameux « seuil de rentabilité » exigé par les fonds d’actionnaires, peut s’expliquer uniquement par les présidents de la FED et de la BCE-lequel en profite pour ne pas baisser une nouvelle fois les taux directeurs- et ne signifie pas particulièrement que les économies se portent bien.

 

 Car  justement la spéculation boursière s’inscrit en totale contradiction avec l’investissement, les performances boursières traduisent peut-être une légère reprise de l’activité outre-Atlantique mais dont les effets sur l’économie réelle, sur l’emploi notamment, se font particulièrement attendre. Le gouvernement français est déterminé à modifier cette situation mais il n’est guère suivi par ses partenaires européens et notamment à Londres et à Luxembourg. Quant aux Etats-Unis, Monsieur Obama a visiblement du mal à passer du discours à la pratique pour instaurer des règles de supervision du système bancaire. Tout cela n’augure rien de bon et de positif au prochain sommet du G20 à Pittsburgh.

 

Bien sûr, l’économie réelle a besoin d’un financement pour fonctionner, qu’il s’agisse de finance directe-la Bourse justement et c’est en cela que la bonne santé boursière peut dans l’absolu traduire une bonne santé  des grands groupes-ou de finance indirecte avec l’emprunt auprès des organismes bancaires.

 

Or, alors que l’excessive rigueur monétaire et les trop forts taux d’intérêt directeurs de la Banque Centrale Européenne ont longtemps empêché la finance directe de  jouer son rôle et que, aujourd’hui encore, les banques y préfèrent le retour des mauvaises habitudes du « bonus », il est manifeste que la finance indirecte n’est pas en cause dans la crise financière devenue économique que nous subissons.

Or, la finance indirecte se trouve beaucoup moins sujette à spéculation que la finance directe et c’est pourquoi on peut légitimement s’inquiéter que la Bourse reprenne et pas les encours bancaires.

Quant à la reprise de la consommation, si elle n’est pas suivie d’investissement ou de « création d’actifs » pourrait entraîner de nouvelles dérives telles que la perpétuation du déséquilibre entre l’Occident qui consomme et s’endette pour continuer à consommer et l’Orient qui produit en rachetant les savoir-faire occidentaux.

 

La crise économique que nous subissons a d’abord été une crise de la finance mondialisée mondiale dont la crise des supprime n’a été que l’élément déclencheur.

 

Pourtant, si l’on écoute Madame Christine Lagarde, ministre de l’Economie et des Finances, les pouvoirs publics jouent à fonds leur rôle de régulation depuis l’éclatement d’une crise à laquelle, évidemment, ils ne sont pas responsables même si, à l’instar de la Reine d’Angleterre, on peut se demander s’il était normal que « personne ne l’ait prévu » alors que le scenario en avait été décrit par Jimmy Goldsmidt dans le Piège. La régulation ne peut être dissociée de l’aide publique dans la mesure où l’aide publique sans contrepartie peut être le principal levier d’une seconde crise du même ordre.

 

                     Le fait est que la crise a été une aubaine pour le Président Sarkozy, mal mené encore à l’été 2008, dans la mesure où elle lui a permis d’éprouver son volontarisme politique manifesté clairement dans le cadre de la présidence française de l’Union européenne (nous savons dix ans après qu’il avait davantage qu’on ne le croit tiré les conséquences de sa défaite des européennes face à la liste souverainiste) et, même si  la réalité  de son bilan présidentiel européen me semble plus mitigée que la réalité officielle, la gestion de la présidence française de l’Union a amené une coopération volontariste interétatique à géométrie variable.

Mais les effets tardent un peu à se réaliser, soit que les mesures prises notamment concernant la rémunération des traders ne soient pas suffisamment concrètes soit que les acteurs privés mettent particulièrement de la mauvaise volonté.

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Nous ne savons pas encore actuellement si la probable entrée en vigueur prochaine du traité de Lisbonne va gêner substantiellement cette indéniable évolution dans le fonctionnement des institutions européennes mais nouveau pouvons espérer, à l’instar de l’ancien eurodéputé Georges Berthu, que l’interprétation des traités européens en vigueur soit traitée en termes pratiques et non en termes dogmatiques.

Le dogmatisme bruxellois, même s’il confond abusivement encouragement public à l’activité privée et fonctionnement public, n’est toutefois pas sans fondement concernant l’excessif poids de la sphère publique.

 

                   La question des leçons de la crise en France ne peut pas être déconnectée de la question de la dette publique dans la mesure où cette crise est aussi de la consommation au dessus de ses moyens, concentrée davantage sur l’Etat-Providence que sur les fonds de pension dans notre pays et, dans une moindre mesure, dans les autres Etats européens.

 En France, l’endettement public a structurellement tendance à suppléer l’endettement privé, consolidant ainsi les grands groupes dans leur stratégies spéculatives.

Ce problème d’endettement public se trouve donc être  à la fois un problème de dépenses et de recettes. Problème de recettes dans la mesure où il importe de relancer l’emploi et l’activité intérieures et problème de dépenses dans la mesure où l’Etat-Providence coûte cher en dépenses de fonctionnement et d’assistanat.

Le Gouvernement semble choisir la carte de la diversification des financements en lançant sa grande souscription publique, souscription qui présente l’avantage de mettre le citoyens à contribution pour sauver l’Etat-Providence, dont la société française actuelle s’est rendue dépendante et qui constitue encore le principal amortisseur de la crise. Nous ne condamnons pas le dispositif, une recherche de financement auprès d’acteurs de l’économie réelle pour, suivant l’importance des taux d’intérêt, leur profit à moyen terme mais nous nous espérons que cela ne génère pas une inquiétude généralisée sachant que la France semble isolée dans cette initiative.

 

Nous reconnaissons ceci dit au gouvernement Fillon de substantiels efforts concernant cette formidable bulle que constitue potentiellement notre dette publique sans critiquer outre-mesure le plan de relance qui, néanmoins, comme l’a fait remarquer le député de la Vendée Dominique Souchet, l’efficience de la dépense publique doit s’apprécier « au plus près du terrain »  ce qui nous renvoie à notre théorie du « principe de subsidiarité ».

 

                 Cette crise ayant été une crise de rupture d’équilibre, il importe de favoriser un rééquilibrage au niveau des secteurs et des territoires..alors que le gigantisme et la concentration ont été ses principaux ressorts.

Cela signifie notamment que  les services publics locaux dans les zones rurales doivent être mises en balance avec…les allègements de charges des entreprises. Cela permettra de mieux répartir la dépense publique au profit des territoires où le travail prime naturellement sur la spéculation avec les « PME enracinée ».

A un niveau géographique supérieur, cette crise est aussi celle de la distorsion entre un Occident qui consomme et s’endette-dans la sphère publique concernant notre pays-et un Orient qui produit.

Là encore, il y a eu quelques déclarations présidentielles et quelques tentatives allant dans ce sens. 

 

Mais  nous ne désespérons pas que des systèmes de « droits compensateurs », d’écluses douanières voire de T.V.A. sociale soient un jour mis en œuvre. Le débat sur la « taxe carbone » pourrait justement être l’occasion de faire émerger l’idée de normes sanitaires ou environnementales qui défavoriseraient nos importations en favorisant notre production intérieure. De même que la question des normes techniques, sanitaires ou...environnementales!

Publié dans EUROPE SUPRANATIONALE

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DUCASSOU 20/10/2009 17:53


Philippe Marini que le bloc communal récupère une partie de la nouvelle taxe sur la valeur ajoutée des entreprises afin de renforcer le lien entre"territoire" et "entreprise", ce qui va dans le bon
sens, semble-t'il?


Agnès 29/09/2009 16:05


La résignation de BNP-Paribas à augmenter son capital de 4,3 milliards d'euros auprès de ses actionnaires suite à l'échec de Pittsbugh-anecdotique sauf sur la question finalement anecdotique des
bonus"-le laisse penser

http://fr.news.yahoo.com/70/20090929/tbs-la-course-aux-fonds-propres-a-commen-0bd6cc6.html


JEAN DU TERROIR 25/09/2009 16:59


Vous n'avez pas tort, Philippe David..à ceci prêt que l'aide des Etats au secteur bancaire leur donne une légitimité pour exiger une diminution des pratiques spéculatives.
Sinon, le principal problème de notre pays reste que nous vivons du tourisme et de la dette publique, le premier dépendant des aléas internationaux et le second constituant une forme de bulle. Il
faut savoir utiliser les deux intelligemment mais tout en essayant de relancer le batiment intelligent et écologique plus les petites industries et l'agriculture traditionnelle pour nous en rendre
moins dépendants. Et faire attentions à nos ventes de capital dans les industries stratégiques.


Philippe DAVID 23/09/2009 13:46


Aucune leçon n'a été tirée. Pire: aujourd'hui les états, c'est à dire nous, sont caution des banquiers qui peuvent continuer avec les bonus, primes, parachutes dorés et tutti quanti. Quand la bombe
va réexploser, la crise d'aujourd'hui ressemblera à de la roupie de sansonnet...


DUCASSOU 19/09/2009 11:18

La Bourse reprend, pas l'emploi..le Gouvernement l'a compris mais il faut faire d'autres propositions..