NICOLAS SARKOZY : UN DECALAGE PERMANENT ENTRE LES PAROLES ET LEUR TRANSPOSITION ?

Publié le par JEAN DU TERROIR

               A la veille d’un nouvel interview du chef de l’Etat sur les conséquences d’une crise non prévue et non résolue, même si nous ne pouvons qu’approuver le plan de relance Fillon de 26,5 milliards d’euros répartis entre grands travaux et trésorerie des entreprises, crise politique avant d’être seulement financière, comme l’écrit justement David Mascré sur le site de l’Observatoire de l’Europe, il importe d’établir une ébauche d’analyse sur la différence désormais évidente entre les « effets d’annonce » de l’hyper président et le relativement faible impact de ces derniers dans la « vraie vie ». Peu nous importerait en effet l’ « autoritarisme » et la volonté de tout régenter, y compris dans l’audiovisuel, lien évident avec l’hyper communication sarkozienne, si tout ceci se révélait à la hauteur des espérances que les discours ont rendues légitimes.

Le bilan que nous avons réalisé sur la présidence de l’Union européenne par Nicolas Sarkozy met peut-être l’accent sur un point plus fondamental de l’action de notre chef de l’Etat désormais revenu aux affaires intérieures à plein temps.

Sur maints aspects, nous nous réjouissons sincèrement des déclarations réalisées, déclarations souvent dictées par un auteur  que nous connaissons, et nous regrettons que, hautement communicatives et médiatisées, elles n’aient pas davantage de répercussions « dans le réel ».

Entendons-nous bien : nous ne nous retrouvons pas dans le « vote protestataire » dans le sens que, si peu d’effet « dans le réel » il y a , ce n’est pas dans l’absolu mais dans le relatif, par rapport aux paroles. Et c’est toujours mieux que rien !

Nous savons maintenant que l’emploi du temps du Président de la République se trouve largement accaparé par sa propension à se retrouver en permanence « au cœur de l’événement » et nous nous doutons bien que, matériellement, les déclarations ne peuvent pas être toujours suivies d’effet.

Pourquoi nous intéressons-nous à cela ? Parce que Nicolas Sarkozy, rompant en cela avec le Jacques Chirac de l’après discours de Cochin intervient dans la pratique très souvent, d’une part dans le sens d’une nécessaire « libération » des forces vives du pays- laquelle passe un nécessaire allègement de notre appareil bureaucratique- et, d’autre part, dans le sens d’une plus grande réhabilitation de la nation et de son « pays réel »-à l’aide de mesures protectrices allant même, fortement en cette période de crise financière, jusqu’à la juste stigmatisation du processus de déconnexion du capital vis-à-vis du travail-.

Il souligne d’ailleurs fort justement que ces deux aspects n’entrent pas en contradiction.

 

                 Sous l’ère Sarkozy, les effets d'annonce ne sont pas toujours suivis de résultats et nos concitoyens en ont notamment ressenti l’amère expérience jeudi dernier, victimes d’une  de ces grèves généralisées qui, après la loi sur le service minimum, ne devait plus arriver. Inutile ici de citer la malencontreuse phrase du Président reprise par tous les syndicats à propos de la grève que, encore une fois, les usagers auraient aimé croire!  D’ailleurs, sur un plan social, si nous savons bien que les initiateurs du « mouvement social » ne servent que des minorités de privilégiés de régimes « spéciaux »-et sur le très court terme encore-, le brusque mais prévisible éclatement de la crise ne suffit pas à expliquer l’échec de la concrétisation du « travailler plus pour gagner plus » qui explique pour une grande partie la triomphale élection de 2007.

 

                 Sur un plan plus « économique », comment ne pas ressentir cette impression de soubresaut incohérent : pour le pouvoir d’achat d’abord en s’occupant de la rémunération-certes sur de bonnes bases- mais sans s’occuper de l’inflation dans un premier temps ; contre le chômage dans un second temps en s’occupant de l’offre certes injustement malmenée par les gouvernements socialisants précédents- mais sans s’occuper de la demande-allant dans le sens de la revalorisation du travail et de la diminution du chômage bien entendu. Car la demande, ce n’est pas seulement le déversement d’un « pouvoir d’achat » artificiel et coûteux, tel que celui que propose Madame Aubry ( rien qu’à entendre cette dernière, je me sens obligé de soutenir la majorité présidentielle par défaut et je ne suis pas le seul) qui n’encouragerait pas suffisamment notre production « nationale » mais aussi le soutien au pouvoir d’achat par…le travail (et  non par l’assistanat). C’est tout l’intérêt de notre « T.V.A. sociale », qui reporterait le poids insupportable de nos charges sociales sur les produits importés, favorisant ainsi l’entreprise mais aussi et surtout l’emploi !

D’ailleurs, comment ne pas voir dans cette crise un processus d’éclatement de bulles spéculatives directement lié à cette déconnexion entre capital et travail, où les entreprises songent d’abord aux dividendes des actionnaires avant leur propre développement comme nous l’avons toujours dénoncé tandis que Nicolas Sarkozy a attendu le discours de Toulon, remarquable au demeurant, en septembre dernier, pour le faire . C’est en cela que nous sommes déçus par la manière de Nicolas Sarkozy de reporter ses promesses de campagne à cause de la crise alors même que cette crise aurait due être anticipée pendant la campagne présidentielle. D’ailleurs, n’est-il pas un peu anormal, au moment où tombe cette rafale de mauvais chiffres sur le double plan du chômage et des bilans des entreprises, que le coûteux plan d’aide aux banques ne semble pas plus efficace ? 

Nous nous réjouissons de la demande faite aux banques, en contrepartie de l'aide apportée, de supprimer leur "bonus" et de limiter le versement des dividendes aux actionnaires mais qu'en sera t’il dans la pratique?

 

               La loi TEPA était une bonne mesure dans le principe, mais elle n'a naturellement pas enrayé l'inflation, laquelle inflation ne semble pas résorbée dans le domaine des produits alimentaires, conformément à notre démonstration du mois de juin dernier, et ne semble probablement pas étrangère à la récession que nous subissons alors. Il me semble regrettable que la crise élague totalement ce problème.

La loi R.S.A. partait d’un bon principe- l’activité aidée plutôt que l’assistanat- mais pose, comme l'a bien signalé notre député Lionnel Luca, le problème de son financement...par les classes moyennes!

Et qu’en sera-t’il finalement  de la « TVA dans la restauration » que nous réclamons depuis si longtemps ?

 

                C’est le point oublié de la présidence française, dont il faut reconnaître qu’elle a correspondu à une gestion euroréaliste sous maints aspects…par la puissance du verbe sarkozien en grande partie ! Mais pas par les institutions ce qui laisse supposer que tout peut être remis en cause une fois la crise « terminée » (car les choses n’allaient pas si bien que cela avant qu’elle n’éclate).

 

                  Michel Barnier ne s’y trompe en apparence pas puisqu’il déclare, en annonçant sa candidature et suivant le modèle de la rupture sarkozienne qu’il cherche manifestement à transposer, « qu'on n'a le tort de n'évoquer que les questions institutionnelles ». Fort bien mais à ce moment-là , pourquoi s'entêter à poursuivre la ratification du traité de Lisbonne?

 

                   Mais peut-être ce décalage structurel entre propos et action de Nicolas Sarkozy, que son omniprésence pourrait seule expliquer en elle-même trouve-t’elle des raisons plus structurelles. Contrairement à la présidence française de l’Union européenne, l’engagement français en Afghanistan a traduit une soumission inhabituelle aux Etats-Unis d’Amérique, conformément justement aux dispositions du traité de Lisbonne, même si ce dernier n’est heureusement pas encore en application. La proximité de Nicolas Sarkozy avec son « soixante-huitard » de ministre des Affaires Etrangères est ici aussi flagrante que la proximité entre la logique de rentabilité immédiate des spéculateurs boursier du capitalisme financier et apatride et la logique et les irresponsables détracteurs des réformes de l’Etat-Providence qui, en bons « gauchistes », souhaitent jouir sans entraves et profiter de « tout tout de suite ». En fait, comment Sarkozy l’Américain concilie-t’il son volontarisme euroréaliste affiché avec l’euro-atlantisme à connotation mondialiste inhérent à sa culture politique ?

Le « juriste de Neuilly » n’a connu la mouvance souverainiste que suite à l’implantation un peu contre-nature d’une partie de ses leaders dans le département des Hauts-de-Seine, département ayant voté « oui » à prés de 80% en mai 2005 : notre ami Philippe Pémezec bien sûr mais aussi mais aussi les énigmatiques Siffredi, Guillet et… Pasqua avec lequel il a entretenu des relations complexes. Cela lui a permis, au moment de l’intégration du R.P.F.à l’U.M.P. en 2002, d’approcher des souverainistes convaincus comme Henri Guaino qui lui ont servi un peu de « caution » pendant la campagne présidentielle de 2007…et de discours.

Mais cela ne lui a pas donné pour autant cette connaissance profonde de la France « réelle » ou la doctrine souverainiste se décline encore réellement un peu dans les faits, et que maîtrisent davantage le conseil général de la Vendée, le mouvement  Chasse Pêche Nature Traditions ou encore le syndicat agricole de la Coordination Rurale, mettant en exergue des thématiques concrètes comme une construction européenne basée sur la géométrie variable (au moment où l’euro se trouve compromis par les différences d’effets de la crise sur les différents Etats), la solidarité de voisinage encore manifestée lors de la tempête dans le Sud-Ouest à partir des communautés intermédiaires plutôt que sur l’ « Etat-Providence », un maillage du territoire par des petites entreprises « enracinées »… et pas seulement une simple communication de crise devant des problèmes aussi structurels que celui de la pêche !

Le plan d’aide à l’industrie automobile semble oublier les sous-traitants, ce qui, avec le plan d’aide bancaire, donne l’impression d’une relance exclusivement basée sur les « gros » -un peu comme la P.A.C. ces dernières années- négligeant les P.M.E. qui structurent l’économie et le territoire.

Or, il y a une différence fondamentale entre l’aide aux P.M.E. de province, qui profite à tous, et aux grosses entreprises, qui profite au secteur tertiaire, engendrant l’inflation notamment immobilière au pire aux spéculateurs. Une économie efficace s’appuie sur une certaine complémentarité.

 

             En fait, il existe une complémentarité entre une politique saine sur le triple plan économique, social et environnemental et une valorisation de l’identité qui ne se construit que dans un cadre « enraciné ».. et réciproquement !

Par exemple, en Vendée, le paysage de bocage correspond à un dynamisme économique compatible avec les exigences environnementales et les exigences sociales –les « communautés intermédiaires » sont décidément plus efficaces que l’ « Etat-Providence »-et qu’il y a vraiment concordance entre les deux.

Cette complémentarité constitue un manque pour les soi-disant « identitaires », qui prônent une identité déconnectée de ces réalités éco-environnentale mais aussi pour les « souverainistes jacobins » dont Nicolas Dupont-Aignan s’improvise imprudemment le représentant.

Mais elle constitue surtout un manque dans le discours de Nicolas Sarkozy qui ne semble pas faire le lien entre la « libération des énergies » prônée par la droite, et le « pays réel » et ce, même s’il a tout récemment, pendant la campagne présidentielle ainsi qu’ au moment d’une crise que ses conseillers n’ont manifestement pas anticipée, prononcé des discours en ce sens. En tout état de cause, le double fait que l’Union européenne a coûté cher aux Etats « contributeurs nets » tandis que les Etats « bénéficiaires nets » paraissent « ravagés »  par la crise et par l’éclatement des bulles que la « croissance » européenne a générées chez eux doit plus que jamais inciter à une refonte institutionnelle de l’Union européenne radicalement contraire au traité de Lisbonne, dont la défense par Nicolas Sarkozy constitue un exemple majeur de son action paradoxale.


 

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Maité 14/04/2009 15:55

Très bien!

ACL 29/03/2009 18:55

Il y a un problème de méthode chez Sarko: ce qui fait son succès en campagne électorale (ratisser large) fait son échec en période d'exercice (impression d'incohérence).

Mais peut-on l'accuser d'être à l'origine de la crise?

DUCASSOU 03/03/2009 17:56

En opposant la situation d'inflation de l'été dernier à la situation de crise actuelle, Sarko démontre une gestion purement évènementielle dénuée de complémentarité.
Pourtant, il y a un lien entre l'inflation "de pénurie"-tout ce qui est rare est cher à l'échelle de la planète-et l'éclatement des bulles spéculatives-on s'enrichit à partir du néant- évident et c'est ce que cet article démontre.

France Espoir 25/02/2009 17:10

oui

JEAN DU TERROIR 20/02/2009 17:01

Pour répondre à jeff et à Anherv, je dirais que le partage des bénéfices selon les trois tiers serait idéal et applicable avec un dispositif d'actionnariat salarié ou d'intéressement DEFISCALISE...mais surtout en encourageant la petite entreprise familiale non cotée en Bourse dont certains exemples prouvent la réussite!

En revanche, il semble malheureusement que le dernier plan retrouve une tradition d'assistanat toute socialiste.

Il est temps de mettre en place les véritables solutions (la PME enracinée) pour sortir de ce jeu de balancier alimenté par ce décalage.