PRESIDENCE FRANCAISE DE L’UNION EUROPEENNE : UN BILAN MITIGE

Publié le par JEAN DU TERROIR

                En ce début de présidence de l’Union européenne par l’un des chefs d’Etat les plus « euroréalistes » du continent, en témoignent son discours d’inauguration ainsi que son souhait affiché de respecter le vote irlandais sur le traité de Lisbonne, il importe d’établir un bilan de la présidence française qui vient de s’achever.

 

             Le volontarisme affiché par cette personnalité dynamique qu’est Nicolas Sarkozy et les éléments d’actualité ont amené indiscutablement à « bouger les lignes » d’une Europe institutionnelle jusque-là réduite à une bureaucratie vecteur d’idéologie basée sur un « libre-échangisme » à l'acception dirigiste.

               Pourtant, nous restons sur notre faim quant aux effets en profondeur de cet indiscutable volontarisme « sur le long terme »

 

 

             Comme nous l’avons indiqué lors de nos précédents articles, les accents souverainistes de la campagne présidentielle inspirés par notre ami Henri Guaino ont trouvé une concrétisation dans la gestion de la crise financière, avec une gestion sous forme de coopération internationale à géométrie variable qui nous convient parfaitement…contrairement à  l’image désastreuse de l’Europe institutionnelle à laquelle nous avait habitués la Commission de Bruxelles.

Même si nous aurions souhaité un plan de relocalisation des entreprises, le fonds d’investissement souverain visant à garantir les investissements de nos entreprises spécialement dans les secteurs stratégiques ne peut que susciter notre enthousiasme, de même que la garantie des crédits interbancaires.

 

            Pourtant, les premiers chiffres d’ordre économique et social, avec des baisses d’effectifs qui ne concernent pas uniquement l’automobile et le bâtiment mais aussi des entreprises comme la Redoute ou Valeo- paraissant en ce début d’année 2009  tendent malheureusement à montrer la relative inefficacité de l’audacieux plan d’aide aux banques que, j’insiste sur ce point, les souverainistes ont soutenu, conscients de sa nécessité…au moins autant que de leurs responsabilités dans la crise ! Or, l’importance des garanties accordées devrait encourager, au moins en partie, le crédit interbancaire tandis que, par ailleurs, la baisse des taux d’intérêt consentie trop tardivement par la B.C.E.-il importe de rappeler l' inefficacité de celle-ci face aux politiques monétaires trop laxistes outre-Atlantique ainsi qu’à la pénurie relative des matières premières-devrait se répercuter davantage au niveau des taux courants.

Cette insuffisance de résultat des plans de relance traduit donc une crise beaucoup plus structurelle que la « simple » affaire des supprimes, les mesures de soutien au capital ne se traduisant manifestement pas sur le travail.

Probablement une crise structurelle de fonds, dépassant bien sûr le problème réel franco-français des charges sociales des entreprises mais aussi le « simple» aspect de la titrisation des crédits toxiques, alors que la féroce concurrence déloyale que nous livrent les pays asiatiques devrait forcément être atténuée par la baisse de la consommation et la réorientation de leurs économies. J’avais indiqué dans mon dernier article que les organismes bancaires devraient miser davantage sur le travail que sur la spéculation, c’est d’ailleurs le sens du discours de Nicolas Sarkozy à Toulon le 28 septembre dernier…dont nous attendons la concrétisation.

 

 

              Vous vous en doutez, la principale déception des tenants du « souverainisme libre et enraciné » que je représente ici a trait à notre attente insatisfaite de mesure d’abaissement de la « TVA dans la restauration ».

Il s’agit à la fois pour nous de promouvoir un certain modèle économique et social, basé sur les petites entreprises de proximité spécialement lorsqu’elles sont vecteurs de convivialité et…un modèle alimentaire !

 

 

              Le paquet « énergie-climat », dont nous pouvons discuter les modalités pratiques ne saurait masquer les « plans secrets » en faveur des OGM, dont la Commission de Bruxelles reste le principal vecteur-en témoignent les récentes négociations avec MONSANTO- ainsi que l’absence de remise en cause du modèle agricole issu de la Politique Agricole Commune dont la réforme en 1992 s’est avérée pire que le mal. Car la baisse des subventions, pénalisant les agricultures qui en sont devenues dépendantes, ne permet pas de réhabiliter une agriculture traditionnelle garante d’efficacité économique, sociale et environnementale, composante essentielle d’un « développement durable » bien compris.

La crise économico-financière mais aussi l’inflation « de pénurie » à laquelle nous avons assisté cet été, et qui pourrait bien « repartir » dès l’amorce d’une reprise économique, devrait pourtant inciter à cette réhabilitation agro-environnementale.

Il en devient d’ailleurs illusoire d’espérer la fin de l’ « inflation de pénurie » observée cet été concernant les produits alimentaires mais aussi, si étonnant que cela puisse paraître en cette période circonstancielle d’effondrement du baril, les sources d’énergie dépendantes des aléas géopolitiques.

 

 

 

          La bonne gestion de la crise russo-géorgienne semble illusoire, étant donné l’afflux de troupes russes dans la région et la délicate affaire du gaz qui éclate aujourd’hui au point de menacer directement l’approvisionnement de l’Europe en pleine période hivernale.

Et l’Union européenne apparaît plus que jamais menacée par les troubles géopolitiques et internes après l’engagement inconsidéré souhaité par son ancien président en Afghanistan au moment où le risque d’un « choc des civilisations »pourrait s’aggraver suite à l’intervention israélienne dans la bande de Gaza.

 

           L’Union Pour la Méditerranée consitue certainement une bonne mesure à laquelle  il aurait fallu associer les Etats balkaniques les plus déstabilisés par les conflits et mafias locales ainsi que la Turquie mais, il semble que l’Union européenne « poursuive son élargissement sans prudence » envers les Etats balkaniques tandis que les négociations d’adhésion avec la Turquie se poursuivent.

Nous le savons, la chose a été facilitée par la révision constitutionnelle de cet été qui supprime l’obligation de referendum pour l’entrée des grands Etats dans l’Union européenne !

Nous n’avons rien contre les Turcs avec qui la France a toujours su nouer les liens privilégiés par le passé pour le plus grand bonheur de ses protégés du Proche-Orient d’obédience maronite. Mais leur démographie, leur structure économique et sociale et leur positionnement géopolitico-religieux complexe ne pourrait qu’aggraver les conséquences d’une union dont la dimension uniformisante « sans cesse plus étroite » pose déjà pas mal de problème au sein de l’Europe occidentale !

 

                 Surtout, le traité de Lisbonne qui rend illusoires les  bonnes mesures prises sur le long terme  et garantit l’irresponsabilité bureaucratique semble avoir été conforté par la volonté sarkozienne de faire « revoter » les Irlandais alors que, élargissant le champs de la décision à l’unanimité, il ne peut que favoriser la dimension supranationale et donc bureaucratique de l’Union européenne. 

              Toujours cet objectif kafkaïen de l'union pour l'union qui, à force d'être étroite, tend inévitablement à la substitution de la diversité nationale et culturelle de l'Europe par quelque chose d'autre. Or,  la diversité de l'Europe a toujours été le motif principal de sa grandeur, à travers une triple logique de l'exemple, de la sauvegarde et de la complémentarité, comme le rappelle magnifiquement le professeur Chantal Delsol, s’inspirant en cela des travaux de Denis de Rougemont.
"Si vous voulez que des nations s’unissent, ne cherchez pas à les intégrer comme on intègre des marrons dans une purée de marrons" .
Malgré la réserve que m'inspire l'action du Général de Gaulle, notamment parce qu'il n'a pas su décliner cette thématique de la diversité aux échelons infra-nationaux, je regrette que, malgré les solides références de son conseiller et de réelles avancées,  cette phrase de bon sens apparaissant dans les "Mémoires d'Espoir" n'ait pas servi de flambeau à  la présidence française.

Bonne chance à Monsieur Klaus  
!

Publié dans EUROPE SUPRANATIONALE

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Pierre 04/04/2009 15:50

Pour l'instant...difficile à dire!

ACL 29/03/2009 18:52

Klaus, c'est mieux?

Manu 14/03/2009 14:49

très bien!

Cécile 07/03/2009 14:11

Et voilà un article censé!

DUCASSOU 03/03/2009 17:58

Bref, il faut juger Sarko et sa présidence de l'UE au résultat.

Et si la Commission s'oppose encore aux Etats et aux intérets nationaux, c'est que ce résultat n'est pas brillant.