GESTION DE CRISE PAR NICOLAS SARKOZY: UN HEUREUX RETOUR DU POLITIQUE EN EUROPE MALHEUREUSEMENT COMPROMIS PAR LA STRUCTURE MEME DE L'UNION EUROPEENNE ET PAR LE TRAITE DE LISBONNE

Publié le par JEAN DU TERROIR

           Avec le droit de veto des Etats pour ce qui touche à leurs intérêts vitaux, dans l’esprit du compromis de Luxembourg et  la fin du monopole d’initiative législative de la Commission de Bruxelles, que l’on a singulièrement peu entendue depuis l’éclatement de la crise financière, la libre initiative conférée aux Etats de dessiner des cercles de coopération « à géométrie variable » constitue notre principale revendication et le cœur de notre vision de l’Europe que nous qualifions volontiers de « euroréaliste ».

           Symptomatique a été la réunion du G14 il y a moins d’un mois : ni mesures fédérales, ni solution bruxelloise, ni ambition technocratique mais un audacieux plan de mesures nationales coordonnées au niveau européen.

           Il semble au premier abord que le chef de l’Etat, président en exercice de l’Union européenne, conformément à son volontarisme présidentiel affiché,  s’ engage sur cette voie à travers la gestion de la crise financière qui a gagné l’Europe, malgré des contradictions évidentes avec le traité de Lisbonne dont il entend poursuivre le processus de ratification.

 

La nécessaire gestion politique de la crise.

 

              A travers le nouveau fonds d’investissement souverain visant à empêcher le rachat d’entreprises françaises à bas prix par des fonds asiatiques en leur assurant une capacité de financement des investissements stratégiques, c’est bien une vision volontariste qu’a démontré Nicolas Sarkozy, vision qui correspond précisément à l’idée que nous nous faisons de l’Europe des Etats et des souverainetés.

              Cette mesure s’inscrit dans le même cadre que le plan de secours aux banques de 360 milliards d’euros, traduction française du plan mis en place par les Quinze.

               Nous nous réjouissons vivement de ce retour au primat du politique que constitue la garantie par l’Etat des crédits interbancaires, véritable palliatif à la crise de confiance pouvant freiner le crédit et donc l’activité économique.

              Malgré les réserves que m’inspirait l’idée d’une aide aux banques d’affaires portant une large responsabilité dans l’éclatement de la crise-si les banques françaises ne sont heureusement pas en cause dans les « supprimes », toutes les banques d’affaires ont prospéré à court terme à partir d’un capital déconnecté du travail-qui peut à première vue s’apparenter à une caution, j’ai soutenu ce plan bancaire.

Uniquement en raison des risques de propagation de la crise financière à l’économie réelle par raréfaction des crédits interbancaires, même si son impact semble limité à certains secteurs (immobilier, automobile) et qu’elle peut valoriser par défaut ce que j’ai appelé dans mon dernier article « l’économie réelle ».

La condition était que ce plan ne soit pas financé par le contribuable mais par la dette publique, quitte à s’abstraire provisoirement des critères du Pacte de Stabilité de Maastricht comme le conseillait dernièrement notre ami Henri Guaino.

 

             Cela impliquait aussi l’instauration de mesures visant à sanctionner les comportements irresponsables, la restriction des « parachutes dorés » bien entendu, et visant à encourager l’accès des PME au crédit.

On ne dira jamais assez que ce sont les petites et moyennes entreprises qui font la richesse et que c’est précisément cela qui différencie le souverainisme libre et enraciné du « jacobinisme ».

Lors d’un « Talk-Orange-le Figaro » le 13 octobre dernier justement, le président du conseil général de la Vendée, qui s’y connaît en attractivité des entreprises, a proposé « d’imposer immédiatement à la Commission de Bruxelles un plan de relocalisation des entreprises avec l’instauration d’une préférence européenne». Il a proposé dans le même esprit une loi « pour empêcher les fonds souverains de venir racheter nos entreprises ». Après la CAMIF, la Redoute, Renault, combien d’entreprises, de sous-traitants et donc d’emplois devront encore être sacrifiés avant que l’UE ne décide de protéger le travail ?

Par certains côtés, nous nous félicitons des contrats aidés, guichets uniques, contrats de transition professionnelle, simplifications des filières d’indemnisation mais nous préférons des mesures visant à encourager le processus d’embauche elle-même ce qui implique d’agir au niveau des entreprises.

C’est pourquoi nous proposons aussi des mesures-la « TVA sociale »[1] notamment- allant à contre-courant total d’une Union européenne qui s’active traditionnellement en faveur d’une politique et monétaire toute entière tournée vers le soutien aux marchés financiers au détriment de l’économie réelle, y compris les entreprises exportatrices pénalisées par le dogme absurde de « l’euro fort »

 

La contradiction avec le traité de Lisbonne:

 

Dans l’optique d’une relance du crédit et donc de l’activité, il serait si simple de baisser les taux d’intérêts de la Banque Centrale Européenne, bien plus que ce timide passage de 4,25% à 3,75% consenti dans le contexte particulier de la crise financière qui a masqué l’inutilité des taux d’intérêts élevés et de l’euro face à l’ « inflation de pénurie »[2].

 

Car, selon l’article 27 du traité de Lisbonne (ex-article 105 du TCE), « l’objectif reste la stabilité des prix » et, selon l’article 130 (ex-article 108 du TCE), « les gouvernements des Etats-membres s’engagent à respecter ce principe et à ne pas chercher à influencer les organes de décision de la Banque Centrale Européenne ».  C’est une contradiction importante avec la volonté affichée de Nicolas Sarkozy de faire plier la Banque Centrale Européenne pour le plus grand profit des économies européennes.

 

Par ailleurs, le protocole numéro 4 relatif aux statuts de la BCE prévoit la possibilité de mise à disposition de liquidités sans condition de destination des crédits-opérations financières ou investissements utiles à la croissance et à l’emploi » laissant toute latitude à un détournement de ces fonds au profit de la spéculation. Cela explique sans doute que la Cour de Justice des Communautés Européennes n’ait rien trouvé à redire au plan de sauvetage bancaire, elle si prompte à condamner la moindre aide directe ou indirecte, un comble concernant les baisses « ciblées » de charges sociales que certains libéraux devraient en principe plébisciter. Et cela ne risque pas de s’arranger car le même traité de Lisbonne (article 63 reprenant l’article 105 du TCE) interdit toutes les restrictions aux mouvements de capitaux entre Etats-membres et entre Etats-membres et pays tiers ».

 

En outre, l’article 119 (ex-article 4 du TCE) mentionne l’expression « économie de marché ouverte », le protocole numéro 27 stipulant quant à lui que le marché intérieur tel qu’il est défini à l’article 3 du traité sur l’union européenne comprend un système garantissant que la concurrence n’est pas faussée » » alors que l’article 107 condamne les aides des Etats aux entreprises de nature à « fausser le marché ». On ne voit guère dans ces conditions- même à supposer qu’il obtienne l’unanimité requise par ce traité- comment notre inénarrable président s’ en prendrait aux dérives dénoncées justement dans son discours de Toulon en poursuivant la ratification du traité de Lisbonne.  D’autant plus que la mobilité des capitaux est garantie par l’article 63 (ex-article 56 du TCE) et que toutes ces propositions que nous approuvons par ailleurs s’inscrivent en faux par rapport à cette mobilité des capitaux, directement à l’origine de la mue, ou de la dérive, du capitalisme « entrepreneurial » en capitalisme financier auxquelles seules les P.M.E. « dont les fonds propres sont les propres fonds » échappent.

 

Précisons nécessaires

 

Ce retour du politique sur l’économie -nécessaire et insuffisant-ne signifie pas l’entretien d’un jacobinisme mêlé d’assistanat, de bureaucratisation de planification que caractérise si bien l’ « Etat-Providence » à la française- que le libre-échangisme communautaire favorise paradoxalement en entretenant les délocalisations sources de chômage et de « pré-retraites »- mais aussi les institutions et politiques communautaires telles que la P.A.C. 

J’ai suffisamment évoqué la perversité de cette P.A.C. qui, transformant le modèle agricole au point de le rendre dépendant des subventions dans un premier temps, a réduit l’agriculture à de l’activité d’assistanat au point de remettre en cause notre autosuffisance alimentaire dans un second temps. Mais je n’ai pas précisé la raison profonde de ce demi-échec coûteux à maints points de vue (financier, social, environnemental), liée au modèle d’une politique publique basée sur la planification.

En effet, le primat du politique, bien loin d’aliéner la liberté des entrepreneurs, prétend la protéger face aux menaces d’un genre nouveau que constituent la concurrence déloyale[3], la spéculation, la monnaie et les taux d’intérêt trop élevés…autant de perversités justement garantis par le traité de Lisbonne et c’est pourquoi nous entendons faire campagne contre celui-ci à l’occasion de ces élections européennes. Dès le bilan de la présidence française effectué.

 

 



[1] Mesure consistant à prélever les importations au profit de notre Sécurité Sociale et à baisser nos charges sociales du même montant

[2] Comme je l’ai montré dans un article précédant, la raréfaction relative des matières premières liée aux délocalisations et celle des produits alimentaires liée aux orientations irresponsables de la P.A.C. suffisent en partie à expliquer ce phénomène inflationniste récent autrement que par une hypothétique « surchauffe » économique

[3] La concurrence est une bonne chose sur le plan économique..dès lors que les acteurs respectent les mêmes « règles du jeu » et c’est pourquoi un certain protectionnisme est nécessaire pour garantir la concurrence loyale au sein d’une zone délimitée.

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Agnes 24/06/2009 17:35

Comment la crise sera-t'elle alors gérable une fois le traité de Lisbonne ratifié?

Ne sera-ce vraiment pas possible de la "contourner"?

Paysan de France 20/12/2008 17:43

On en revient toujours au débat entre économie financiarisée et économie réelle.

JEAN DU TERROIR 28/11/2008 17:27

Etant donné le niveau d'endettement de nos appareils étatiques et sociaux, nous aurons nécessairement aussi besoin des banques à moyen termes.
Mais une aide n'est véritablement efficace que si elle se caractérise par des prêts aux entreprises qui en ont besoin pour développer ou maintenir leur activité.

Jose 22/11/2008 19:34

Comme quoi, Henri Guaino a un rôle consultatif réel...

François 20/11/2008 08:06

L'aide aux banques était nécessaire mais elle devait être davantage conditionnée à une extension des prêts à l'économie réelle.

D'un autre côté, la baisse des taux d'intérêt peut aussi favoriser cette extension de l'activité.