CRISE FINANCIERE: POUR UN RETOUR A L'ECONOMIE REELLE

Publié le par JEAN DU TERROIR

         A la lumière de la crise financière qui éclate actuellement, il importe de se pencher sur ses véritables causes afin d'en rechercher les solutions d'amélioration, solutions liées à la nécessaire  réhabilitation de ce que nous appelons "l'économie réelle" ou l'"économie de proximité", deux notions à mon sens complémentaires.

         Le discours prononcé par le  chef de l'Etat-et président en exercice de l'Union européenne- à Toulon la semaine dernière  établit un bon diagnostic et propose de bonnes solutions, solutions qui se heurtent  au traité de Lisbonne pour ce qui concerne la BCE, les taux d'intérêt et l'euro fort, ainsi qu'à l'absence de réflexion de fonds sur la nécessairement revalorisation du capitalisme entrepreneurial.

          Par ailleurs, la nécessaire régulation qu'il propose constitue une solution incomplète, socialisante et inefficace sous certaines formes-comme l'injection d'argent du contribuable dans les systèmes bancaires qui ne fait qu'alimenter un système malsain-, même si une aide publique à l'activité peut être envisagée malgré la récurrente et désastreuse jurisprudence bruxelloise.

 

          En ce "mardi noir" sur les places boursières européennes qui matérialise la dépendance des économies européennes par rapport aux banques nord-américaines-autre contre-exemple de performance de l'unité monétaire européenne- et aux choix des sénateurs américains-qui viennent de rejeter le plan Paulson-, il importe de remarquer le faible impact de l'aide annoncée au groupe Dexia malgré l'importance de la somme avancée.

 

             Tout a commencé nous le savons avec l'éclatement de la crise des "subprimes" à l'été 2007, provoquée par l'inquiétude brutale des banquiers américains devant la possible insolvabilité des ménages emprunteurs "à taux variables" pour leurs achats  immobiliers.

Le brusque relèvement des taux que cette inquiétude a engendré a provoqué brutalement l' insolvabilité de ces ménages américains aux revenus certes précaires en cette période de formation d'une bulle immobilière.

A cela s'est ajouté la "titrisation" de ces emprunts et l'achat par certaines grandes banques d'affaires à ces titres à risques.

Aujourd'hui, la faillite des banques d'affaires phares du capitalisme financier  comme Lehmans Brothers entraînant à son tour la faillite d'innonbrables banques cotées à Wall Street ou au CAC 40 semble avoir des répercussions énormes sur l'économie mondiale.

 

             Pourquoi? Cela tient à la dépendance désormais structurelle des entreprises envers des actionnaires étrangers à l'activité des entreprises alors que le produit intérieur brut de la sphère financière égale cinquante fois le produit intérieur brut de la sphère réelle. C'est le phénomène que nous autres souverainistes appelons la dissociation du capital et du travail.

Attendu que, la remontée du chômage l'atteste malheureusement, l'économie "irréelle" tient l'économie réelle et peut l'entraîner pour partie dans sa chute.

 

 

            Cette  crise financière correspond  à un processus d'éclatement des bulles spéculatives "crées" par la généralisation de l'actionnariat "sauvage", processus apparu à partir des années quatre-vingt-dix et qui a vu des entreprises ou des particuliers s'enrichir-souvent de manière spectaculaire- en prenant des risques inconsidérés et sans contribuer pour autant à l'accroissement d'une activité productive :agricole, industrielle, artisanale ou même commerciale.

               Il s'agit bien d'une forme de  spéculation : la motivation première des actionnaires ne s'inscrit pas particulièrement dans le développement de l'entreprise ou de l'activité connexe mais plutôt dans la capacité à réaliser rapidement un bénéfice d'exercice ce afin de toûcher des dividendes qui seront éventuellement à nouveau "placés". Or, les règles de la comptabilité d'entreprise imposent de considérer les investissements parmi les charges tandis que certaines activités aux produits encore incertains peuvent elles-même induire des charges.

 

              Il peut donc en résulter, dès lors qu'il s'agit de grosses entreprises disposant déjà d'un capital conséquent, une tendance à la recherche de rentabilité "de court terme", au besoin au détriment des entreprises et activités liées. Ce système porte en lui les germes d'un piège à stagnation dès lors que la décroissance peut s'avérer plus rentable que la croissance.

Et comme, anomalie boursière parmi d'autres, les actifs des banques sont valorisés au niveau du marché, ces derniers peuvent s'effondrer faisant ainsi chuter le  bilan comptable de l'entreprise, bancaire ou non.

 

              Ce phénomène est aggravé par le processus de mondialisation, dont on sait qu'elle engendre une nouvelle répartition dangereuse-en termes d'utilisation de nos ressources naturelles-de nos industries et de nos modes de consommation sachant que la "délocalisation" en Asie ou en Europe de l'Est s'avère souvent plus "rentable", toujours sur le court terme. Or, celle-ci génère souvent un véritable "cercle vicieux" au niveau du territoire correspondant à l'ancienne implantation. Car la fermeture d'une usine, ce n'est pas seulement la perte des emplois correspondants, c'est une baisse de la consommation locale, l'exode de certaines familles, la disparition de certains commerces et, même, la fermeture de plusieurs activités "partenaires" (agricoles pour une usine agro-alimentaire, artisanales pour une usine textile, commerciales pour une usine automobile)

C'est au regretté chancelier allemand Helmudt Schmidt que l'on doit la fameuse phrase "les profits d'aujourd'hui sont les investissements de demain et les emplois d'après-demain". Et bien, le capitalisme financier dément cette phrase de bon sens dans un régime économique que nous pronons.

 

            Pour encourager nos entreprises "entrepreneuriales" ou familiales, rien de mieux qu'une politique locale adaptée-ceci explique notre légère préférence pour le très efficace président du conseil général de la Vendée parmi les nombreuses personnalités  "euroréalistes"- et des baisses effectives de charges sociales, point de déception majeur des jeunes entrepreneurs à l'endroit de ce début de présidence Sarkozy. Mais nous proposons notre toûche "souverainiste" à cette baisse des charges sociales via la "TVA sociale"-prélèvement sur les produits d'importation- qui peut générer aussi bien des recettes externes directes que des recettes internes indirectes-par la compétitivité accrue de nos entreprises internes-qu'elle génèrera.

             Par ailleurs, chose que propose Nicolas Sarkozy mais que contredit le traité de Lisbonne- que le même Sarkozy souhaite voir ratifié par tous les Etats malgré le non irlandais-, il importe de rendre la  Banque Centrale Européenne plus "dépendante" des pouvoirs politiques. Cela  permettra sans doute de mettre fin au dogme absurde de l'euro fort, qui génère une hausse des prix sous prétexte de lutte contre l'inflation et qui pénalise nos entreprises exportatrices- dont nous sommes malheureusement davantage dépendants-, et de baisser enfin les taux d'intérêt, ce qui relancera l'activité économique et réinjectera de l'argent dans les organismes bancaires.Il n'en faut guère plus pour enrayer la crise en Europe.

 

            Mais il convient d'aller plus encore en profondeur des choses que ne le prétend notre grand communiquant en chef, bénéficiant encore une fois de la plume de notre ami Henri Guaino, en encourageant  les entreprises  aussi indirectement, en travaillant à la réconciliation du capital et du travail que la mondialisation-favorisée par la construction européenne sous sa forme actuelle- et la financiarisation de l'économie mondiale ont provoquée. Cela passe par des dispositifs d'intéressement- la loi votée récemment  commettant l'erreur de l'assimiler à un salaire- car il s'agit bien de rendre attractive la détention d'une partie du capital de l'entreprise par ses salariés- et par la valorisation maximale de la PME familiale traditionnelle-ce que contredit un peu la récente loi LME-, dans une double logique d'investissement sur le moyen terme et de revitalisation du territoire. Conformément à notre philosophie de "souverainisme de terroir".

            Car cette crise financière doublée de la crise pétrôlière peut s'avérer salutaire si elle permet de réhabiliter une économie entrepreneuriale de proximité, qui permettra de résoudre partiellement le délicat problème du chômage renaissant malgré le départ à la retraite des générations du Baby Boom et ses conséquences en termes de finances publiques ainsi que les problèmes d'identité et d'enracinement liés à l'instabilité des populations.

 

 

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Cécile 07/03/2009 14:14

Cette idée de miser sur la poursuite de l'inflation immobilière pour accorder des prêts relève de la plus pure spéculation!

Et c'est cette spéculation structurelle -détention d'une partie du capital des entreprises par les "hedges funds" et autres boursicoteurs- qui a favorisé la généralisation de la crise.

Ducassou 02/02/2009 11:49

Cet article part du principe que la crise financière actuelle n'est pas uniquement liée à l'affaire des supprimes mais, plus généralement, à un processus de déconnexion du capital vis-à-vis de l'économie réelle engendrant une ou des bulles spéculatives qui ne pouvaient qu'éclater.
En ce sens, Villiers avait raison de dénoncer ce processus et de promouvoir chez lui le modèle entrepreneurial classique alors que les autres politiques (Sarkozy compris) n'ont rien fait et n'ont même pas prévu la crise actuelle malgré les moyens d'information dont certains disposent aujourd'hui!

chasseur 17/01/2009 19:01

très bien

jeff 23/12/2008 15:04

Il ne tient qu'aux banques de financer l'économie réelle plutôt que la spéculation.

JEAN DU TERROIR 28/11/2008 17:22

Au moins par le processus d'éclatement des bulles spéculatives que par les réactions politiques que la crise suscite, l'économie réelle ne peut s'en trouver que favorisée.

Ceci dit, il ne faudrait pas que l'argent public octroyé aux banques serve à relancer la spéculation...