UNION EUROPENNE : LES ENJEUX DE LA PRESIDENCE SARKOZY

Publié le par JEAN DU TERROIR

  Ainsi, la France a pris la présidence française de l'Union européenne le 01er juillet dernier.
J'ai volontairement laissé les premières semaines s'écouler avant d'émettre de premières observations.
Celles-ci se résument à un contraste:
Sur des sujets comme la TVA dans la restauration (malgré la mauvaise allemande), les quotas agricoles, la Turquie ou l'indépendance de la BCE, force est de constater que les interventions gouvernementales et présidentielle se font dans le "bon sens", renouant parfois avec les accents de la dernière campagne présidentielle.
D'un autre côté, le traité de Lisbonne dont le président Sarkozy souhaite faire poursuivre la ratification malgré le non irlandais s'inscrit dans une logique "intégrationniste" qui limite les prérogatives nationales.
 
            Devant les vives préoccupations de pouvoir d'achat liées au début de pénurie et d'inflation alimentaire, il a bien fallu que la Commission de Bruxelle pose la question de la suppression des  jachères instaurées par l'incompréhensible réforme de la PAC en 1992, leur suppression a bien été annoncée par le Commission de Bruxelles après que la délicate question de la pénurie et de l'inflation alimentaire aient fait la une de l'actualité..
Nous souhaitons évidemment que la France, dont l'agriculture ainsi que le "pouvoir d'achat" ont spécialement souffert de cette réforme, prenne les mesures qui s'imposent pour rendre cette annonce effective et le plus vite possible.
Mais l'on ne peut faire l'économie d'une réflexion de fonds sur la forme même de l'agriculture et de l'économie contemporaines qui a rendu les gens davantage dépendants des circuits de distribution (l'agriculture intensive se substituant à l'agriculture vivrière) et sur son organisation mondiale (la flambée du pétrôle se répercute sur les céréales produits intensivement en Amérique du Nord et, indirectement, sur le bétail).
L' aide indirecte aux pays du Tiers-Monde évoquée dans le cadre de l'OMC-à laquelle la PAC  s'est en pratique toujours soumise-  ne règlera en rien les problèmes de famine dans le Tiers-Monde (elle accentuerait la fin à l'agriculture vivrière locale au profit d'une agriculture commerciale exportatrice) ni l'inflation dans les pays européens (la concurrence déloyale qu'elle entraînera aboutira accentuera de facto la faillite de l'agriculture française). Plus généralement, c'est le modèle même d'une agriculture productiviste qui mérite d'être remis en cause...
Nous touchons là à des considérations environnementales autant qu'agricoles et il y a dans ce domaine un vrai problème idéologique concernant les institutions européennes, continuant de favoriser une agriculture industrielle productiviste en même temps que des champs de friche (malgré les suppressions de jachère espérées) et des terrains sanctuarisés comme le préconise Natura 2000.
La philosophie du souverainisme enraciné repose quant à elle sur un "développement durable" basé sur un aménagement équilibré du territoire, comme nous l'avons développé dans d'autres articles...
 
Le contexte économique ne peut évidemment se résumer à ces questions agri-environnementales, même si elles pèsent beaucoup sur le pouvoir d'achat et nous nous étonnons d'ailleurs que la présidence française n'ait pas placé, en pleine crise financière internationale -crise qui correspond justement à celle du capitalisme de rente mondialisée-, cette dimension économique stricte dans ses "priorités".
Nous nous réjouissons cependant des récentes déclarations du président sur  la BCE et ses taux d'intérêt, même si ceux-ci apparaissent motivés désormais par une pression inflationniste désormais réelle. Il faut remarquer à ce niveau que la flambée des prix a commencé bien avant l'inflation officielle et que la croissance économique marque singulièrement le pas depuis l'éclatement de la crise des "subprimes". Mais c'est le dogme de l'euro fort, générateur d'inflation à l'intérieur et pénaliseur d'exportation, qui mériterait le plus d'être critiqué...ce qui implique évidemment une refonte du statut de la BCE...que le traité de Lisbonne interdit justement.
 
 
 
             En effet, le souhait affiché de faire poursuivre le processus de ratification du traité de Lisbonne malgré le salutaire vote irlandais et la réticence polonaise  peut sembler contradictoire avec ces objectifs, étant donnée la perte de souveraineté que celui-ci entrainerait, spécialement dans ces domaines où la voie française est particulièrement importante pour faire entendre la voie du bon sens.
Nous ne nous attarderons pas ici à rappeler en quoi le traité de Lisbonne rendrait impossible en pratique la défense des intérêts nationaux dès lors que ceux-ci ne correspondraient pas aux intérêts unanimes et supranationaux. L'unanimité constitue le niveau extrême d'aberration de la doctrine rousseauiste de la "volonté générale" dès lors que, en pratique, les nations ont nécessairement des intérêts divergents sur plusieurs domaines..commission et présidence "stables" , service diplomatique commun et, surtout,transfert à l'unanimité de la majeure partie des domaines d'intervention des politiques publiques entrent logiquement en contradiction avec la défense des intérérêts nationaux.
 
C'est tout spécialement le cas  dans les deux autres "axes d'action" définis par la présidence française:
en termes de défense nationale pour des raisons historiques évidentes d'ailleurs, les traités européens cités ici ne sont-ils pas censés garantir la conformité des politiques de défense européenne avec le cadre de l'OTAN?
C'est aussi vrai en matière d'immigration: la France "bénéficiant" sur ce point comme sur d'autres d'un système de sécurité sociale "trop" attractif -notre vision sociale n'est pas étatique mais "enracinée"-, les autres Etat européens ne ressentent nécessairement pas le problème de la même façon lorsqu'il s'agit de bloquer l'accès aux plages espagnoles ou italiennes...à moins de suivre à la lettre le très européiste dogme de l'"immigration choisie" pour pallier les insuffisances de notre démographie mais pour des raisons diverses (nous préférons favoriser l"emploi des indigènes chez nous..comme ailleurs!), nous nous y opposons.
 
Et puisque nous parlons "immigration choisie", je m'exclus ponctuellement des domaines "régaliens" pour  rappeler que celle-ci s'inscrit (en plus grave car il s'agit cette fois-ci de populations extra-européennes) dans le même esprit que la fameuse directive Bolkenstein, laquelle ajoute une "concurrence déloyale" intérieure à la "concurrence déloyale extérieure" qui génère les délocalisations". Or, comment empêcher le retour de ce type de "mesure" lorsque l'unanimité sera la règle?
 
Tout en rappelant que nous sommes favorables à une logique de "coopération", dans l'esprit des accords de  Malaga, nous attendons que l'Union européenne se rapproche davantage de cette logique et nous attendons de l'Union Pour la Méditerranée, si chère au président, qu'elle s'y tienne. Peut-être cette dernière est-elle d'ailleurs un moyen d'associer la Turquie aux politiques européennes...sans l'intégrer (nous savons qu'une vigilance extrême est requise pour empêcher l'entrée de la Turquie dans l'union européenne, vigilance qui s'applique aussi au débat sur la réforme des institutions).
 
C'est donc autant l'approfondissement que l'élargissement, deux aspects d'un même processus kafkaïen que nous dénonçons, que nous combattrons avec vigueur au cours de cette présidence française.
 
 
           Ainsi, concernant les quatre "priorités" de la présidence française, qu'il s'agisse des fondements même de la politique communautaire (dans les domaines agri-environnementaux) ou du principe même de la communautarisation dans les domaines régaliens (défense, immigration), nous attendons beaucoup de la présidence française mais craignons que cette attente n'entre en contradiction avec la logique "intégrationniste" du traité de Lisbonne.
Nous rappelons aussi que les débats qui ont jalonné la campagne referendaire de 2005 - restauration, Turquie, Bolkenstein, "euro fort"- sont toujours d'actualité, d'autant plus que le traité de Lisbonne reprend l'essentiel des dispositions de l'ancien TCE.
Finalement, je vois mal comment la "bonne volonté" affichée par Monsieur Sarkozy de s'attaquer aux véritables problèmes au cours de cette présidence est compatible avec la poursuite du processus de ratification d'un traité de Lisbonne désormais caduc depuis le referendum irlandais.
Mais l'aide nouvellement allouée aux pécheurs (les aides ne devant encourager l'assistanat mais l'activité) me fait encore espérer me tromper à ce stade.
Au moment où la Commission de Bruxelles s"oppose au "Small Businness Act" au détriment de nos Petites et Moyennes Entreprises, il convient de ne pas céder à l'illusionnisme verbal du président Sarkozy et vous pouvez compter sur ma vigilance.
 
Jean du Terroir

Publié dans EUROPE SUPRANATIONALE

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Jacques 09/11/2008 20:02

Un premier bilan bientôt? Avec la crise financière?

PL 30/08/2008 11:50

En soi, à supposer qu'il y tienne réellement, Sarkozy aura du mal à convaincre ses partenaires du bien fondé de ce qui tient à coeur des souverainistes et de l'opinion française en général.
Cela entre en contradiction avec le traité de Lisbonne qui consacre l'unanimité.

PAYSAN DE FRANCE 22/08/2008 15:10

En matière alimentaire, l'agriculture intensive n'est plus adaptée en effet:

-elle épuise les sols
-elle décourage l'agriculture vivrière
-elle encourage les échanges et la consommation d'énergie

JEUNES INDEPENDANTS 08/08/2008 16:18

Puissiez-vous avoir tort pour l'Europe et la France en particulier.
Puissiez-vous avoir raison pour la droite et le camps souverainiste spécialement.

JEAN DU TERROIR 02/08/2008 14:47

Merci Philippe de votre remarque judicieuse.

Pour répondre à Christophe Baudouin dont je suis flatté de l'intervention, je ne dis pas que je suis confiant quant à la présidence française de l'UE.
Je dis même que les déclarations les plus sensées de Nicolas Sarkozy entrent en contradiction avec la volonté de ce dernier de faire poursuivre le processus de ratification du traité de Lisbonne.

Mais je crois que les souverainistes doivent d'abord se positionner en tant qu'observateurs et émetteurs de propositions "euroréalistes".

La pré-campagne et la campagne des européennes pourront servir de bilan et ce sera l'occasion de dire ce qui n'a pas fonctionné et pourquoi à ce moment là.