LE SOUVERAINISME LIBRE ET ENRACINE COMME SEULE ALTERNATIVE AU JACOBINISME DES TEMPS MODERNES

Publié le par JEAN DU TERROIR

       Entre la la Terreur de 1794 et les régimes totalitaires du XXème siècle dénoncés par Hannah Arendt et Alexandre Soljenitsine, la puissance publique a pu comporter un caractère monstrueux en plusieurs circonstances . Nous entendons par jacobinisme une volonté d'uniformisation arbitraire et bureaucratique allant à l'encontre des terroirs, des sociétés et du Bien Commun, attendu que ce dernier repose normalement sur les communautés naturelles.
La logique du Big Brother décrite par Orwell dans "1984" semble la caractéristique majeure de ce "jacobinisme des temps modernes". Or, si nous ne pouvons qu'approuver dans un premier temps les mesures de vidéo-surveillance-  surtout si celle-ci permet de "libérer" des "moyens humains" de la puissance publique-en tant que moyen de lutte contre une insécurité croissante,  nous avions déjà signalé que celle-ci s'expliquait essentiellement par le phénomène de déracinement. Il importe de laisser se réorganiser les communautés naturelles (avec les collectivités locales enracinées) et de concentrer l'essentiel des moyens étatiques sur les fonctions régaliennes, par exemple, la protection des frontières à l'encontre les personnes et...marchandises. Conforme à ma logique du "libérer à l'intérieur, protéger de l'extérieur", j'inclue en effet la protection de notre économie intérieure par le biais des tarifs douaniers dans les missions régaliennes que, qu'il s'agisse de la défense nationale ou de la lutte contre la délinquance, il n'est pas question pour moi de remettre en cause...contrairement à l'esprit du traité de Lisbonne.
 
        Cette idéologie "jacobine" a longtemps été véhiculée par l'"école laïque, gratuite et obligatoire", moyen finalement fort coûteux d'éduquer les "masses" à la participation à une "volonté générale" uniforme et abstraite. Bien entendu, celle-ci a d'abord reposé sur une certaine moralité publique, pervertie ensuite par les courants libertaires issus de mai 68, dont l'individualisme de jouissance affiché n'est que le corollaire du jacobinisme dans la mesure où, s'appuyant sur l'irresponsabilité généralisée par l'"Etat-Providence", il s'exprime d'abord par la négation des communautés naturelles.  Ce n'est pas parce que l'utilité de l'Etat et de la Sécurité Sociale se trouve de plus en plus souvent détournée au profit d'intérêts catégoriels dont l"égocentrisme a remplacé la recherche de l'intérêt général que le caractère "étouffant" du Léviathan s'est amenuisé, bien au contraire puisque ces détournements impliquent un besoin de financement supplémentaire qu'il faut bien répercuter sur les contribuables.
Dans ce contexte, ce besoin de financement prend parfois des proportions absurdes, dont le coût direct et indirect de certains prélèvements comme l'ISF-toujours indexé sur le niveau des prix malgré la période d'inflation généralisée-  et l'impôt sur le revenu-extraordinaire freîn à la consommation- témoigne..c'est à se demander s'ils ne servent qu'à entretenir un certain personnel public! Je suis toujours frappé par la persécution récurrente s'abattant sur les automobilistes dans le contexte actuel, eu égard à la  multiplicité des  administrations d'Etat impliquées ( les préfectures concernant les sanctions administratives, les tribunaux concernant les sanctions pénales, le Trésor Public concernant les recouvrements des amendes, sans parler des forces de police qui disposent naturellement de services de traitement des infractions) et me demande s'il ne serait pas préférable, dans une logique de revitalisation des terroirs qui nous tient à coeur, d'allouer le même argent public à l'aide aux entreprises de transports en commun (surtout pas des entreprises publiques!). Car, rejetant la logique de guichet et d'assistanat anonyme-à l'origine du phénomène de "solitaire solidaire" qui caractérise précisément les sociétés bureaucratiques jacobines et mondialisées- nous préférons aider l'artisanat et les petites entreprises génératrices de "valeur ajoutée", ainsi que les personnes volontaires pour exercer une véritable activité professionelle, c'est notre vision de la solidarité et notre alternative à la jungle mondialisée.
 
      Je tiens beaucoup à cette dernière précision parce que les différents courants souverainistes font régulièrement l'objet de critiques liées à leur prétendu "jacobinisme" malgré l'évidente contradiction de ce terme avec les engagements locaux de certains, au Puy-du-Fou par exemple. Si mes adversaires de toujours que sont les marxistes et autres "altermondialistes" réutilisent parfois certains de nos arguments techniques (monétaires, par exemple) à l'encontre de l'Europe supranationale, ce n'est sûrement pas par similitude idéologique avec nous.
Bien sûr, si l'on raisonne du strict point de vue de la liberté économique, leur position peut paraître plus cohérente que la nôtre puisque la
Commission de Bruxelles se veut aujourd'hui le garde-fou d'une libéralisation économique à laquelle nous sommes réellement attachés...mais au sein de zones à condition de production identique c'est-à-dire en pratique au niveau infra-national! Notre libéralisme n'est pas du "libre-échangisme" et l'exemple de la PAC prouve malheureusement que l'on peut très bien combiner une politique d'assistanat et de redistribution de type socialiste avec un "libre-échangisme" d''autant plus fort que la "préférence communautaire" ne se trouve pas rééllement respectée. 
Plus fondamentalement,rappelons  que la liberté ne se décrète pas et que c'est justement ce que nous rapprochons à l'Union européenne à travers son principe de concurrence libre et non faussé- encore présent dans le traité de Lisbonne à travers le protocole numéro 6-lequel consiste en pratique à défavoriser les entreprises des pays "développés" (dont le coût de la vie empêche une réduction significative des salaires) au profit des acteurs de la "concurrence déloyale" de pays aux intérêts divergents . 
Ce n'est d'ailleurs pas la seule chose que les institutions européennes décrètent et légifèrent par le seul biais de cet organisme bureaucratique cumulant tous les pouvoirs qu''est la Commission de Bruxelles, puisque, au mépris du plus élémentaire principe de subsidiarité, celle-ci légifère sur la taille des nains de jardin et l'interdiction des aides aux entreprises.
 Et c'est là que la logique jacobine se fait sentir dans l'Europe bruxelloise à travers des ingrédients aussi caractéristiques que l'inflation normative, la bureaucratie, la logique d'uniformisation arbitraire ou.. le déni de démocratie caractérisé à travers le traité de Lisbonne qui reprend l'essentiel des dispositions du Traité Constitutionnel Européen légitimement rejetés par les Français en mai 2005. La nécessaire revalorisation des missions du Parlement européen ne saurait suffire à atténuer ce phénomène.
Ce jacobinisme est aussi budgétaire puisque le "pacte de stabilité" issu du traité de Maastricht empêche de facto une baisse des prélèvements obligatoires alors que celle-ci serait sur le long terme un accélérateur de croissance et, surtout, monétaire puisque l'absurdité de l'"euro fort" qui pénalise les exportations et fait flamber les prix au nom...de la lutte contre l'inflation, empêche la pratique parfois judicieuse de la "dévaluation compétitive".
D'ailleurs, les mesures de liberté et de vitalité que nous prônons telles que la baisse de la TVA de la restauration, la baisse des charges au moyen de prélèvements sur les produits d'importation ou la possibilité de dévaluation compétitive que pratiquent avec succès les pays asiatiques trouvent de facto sur leur chemin comme principal adversaire l'Union européenne
 
Notre souverainisme se base sur le réel et se méfie des uniformisations bureaucratiques. Bien loin de s'opposer comme voudraient nous le faire croire les bien-pensants à travers des "idiots utiles" tels que JP Chevènement, la bureaucratie uniformisatrice s'inscrit dans la stricte continuité de la bureaucratie jacobine: ce sont les défenseurs de "l'Europe des régions" qui ne sont pas logiques avec eux-mêmes en dehors de leur volonté de substituer un organisme de redistribution bureaucratique-le FEDER- aux outils traditionnels de l'aménagement du territoire.
 
        Exactement comme le jacobinisme national s'est progressivement mué en jacobinisme européen voire, à travers certaines institutions telles que l'OTAN ou l'OMC tant choyées de notre ministre des Affaires Etrangères actuel, la logique d'uniformisation égalisatrice s'est elle-même muée à traves le mécanisme de "discrimination positive", qui vise à imposer une égalité artificielle aux égalités réelles. La loi sur la parité électorale en constitue un exemple élégant et artificiel qui ne doit pas faire oublier ses multiples exploitations de nature communautariste.
J'aime beaucoup cette phrase issue de "La ferme des Animaux" de Georges Orwell-mon auteur de référence dans le domaine du jacobinisme- "les animaux sont tous égaux mais les cochons sont plus égaux que les autres animaux". C'est sans doute une des caractéristiques du jacobinisme des temps modernes que d'établir ce genre de hiérarchie.Ceci explique sans doute l'attention plus grande des pouvoirs publics-déversant des sommes conséquentes d'argent public en pure perte car ne remédiant pas à la racine du mal que constitue précisément le déracinement- aux banlieues défavorisées qu'aux campagnes française.
 
        Cette similitude avec le développement de la logique de "discrimination positive", qui aggrave l'absolutisme égalitariste en cherchant à l'améliorer permet de montrer la capacité d'adaptation du jacobinisme à la planétarisation des enjeux et c'est pourquoi, bien loin de corriger les effets néfastes du jacobinisme étatiste "traditionnel", la mondialisation et son corrolaire "régional" que constitue l'Union européenne ne font que l'aggraver en lui conférant un champs d'application plus large...
En ce sens, la construction européenne sous sa forme actuelle ne peut être qu'une étape vers le "village planétaire égalitaire" qu'appréhendait avec raison le sociologue Herbert Mac Luhan dont j'invite à découvrir l'oeuvre.

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PL 10/05/2008 11:01

Enfin, cela dépend: il y a des souverainistes "jacobins" (NDA aujourd'hui et Pasqua hier se revendiquaient du "gaullisme" qui met beaucoup l'accent sur le rôle de l'Etat).

Il est vrai que le "vicomte du Puy-du-Fou" ne peut être assimilé à un "jacobin"..

Plus sérieusement, comme l'indiquait Pierre Hillard, les souverainistes se sont laissés piéger par l'"Europe des régions" et ils auraient été plus inspirés d'attaquer le côté bureaucratique et technocratique de l'Europe de Bruxelles qui explique la juste colère des "gens du terroir" , je veux parler des paysans, artisans, chasseurs, pêcheurs...sur lesquels le souverainisme doit s'appuyer pour se construire un bastion.

Jeanne 05/05/2008 15:42

Le jacobinisme de 1794 était techniquement éloigné du Big Broher!
Le mondialisme beaucoup moins, c'est vrai!

Pierre Hillard 30/04/2008 11:29

Comme je l'ai indiqué dans mes publications, "mondialisme" et "communautarisme" ne s'opposent pas et, au moins sur le plan stratégique, sont complémentaires..

Pierre 30/04/2008 11:25

Si j'ai bien compris ce qu'il y a à retenir:

la logique de bureaucratie universaliste et uniformisante a d'abord commencé à l'échelle nationale (la République jacobine), se poursuit aujourd'hui à l'échelle europenne (l'union européenne) avant de se généraliser à l'échelle mondiale...si les "communautarismes" et autres régionalismes le permettent.

François 27/04/2008 19:27

Il est important de ne pas opposer la nation et ses terroirs car la défense de l'une et des autres est totalement complémentaire...certainement plus en tout cas que la défense des terroirs et celle de l'Europe de Bruxelles