CHUTE DE POPULARITE DE NICOLAS SARKOZY: DEVOILEMENT D'UN MALENTENDU

Publié le par JEAN DU TERROIR

Lors d'un dernier article, j'évoquais le malentendu du traité de Lisbonne, malentendu lié à la distorsion entre ce que devait être ce texte selon le discours du candidat Sarkozy et ce qu'est ce texte tel qu'il a été ratifié par le Parlement, à savoir une reprise pure et simple, dans les principales lignes, du défunt Traité Constitutionnel Européen.
 
Reste que, cette question du traité de Lisbonne malheureusement occultée pour l'instant, les origines du malentendu qui se dévoilent peu à peu et qui traduisent une distorsion inédite entre le succès du chef de l'Etat au moment de son élection et sa popularité moins d'un an après ne peuvent se résumer à son instabilité affective et familiale qui porte certes atteinte à l'image de notre pays.
 
Constatant que ce recul de popularité ne toûche en aucun cas le Premier Ministre aux allures de "petit notable de province" qui, dans maints domaines, s'attache à mettre en place les réformes insuffisantes mais promises et nécessaires et que ces réformes étaient indéniablement annoncées et défendues par l'actuel chef de l'Etat, j'ai tendance à penser que le malentendu n'est pas d'ordre "programmatique" mais d'ordre "culturel".
 
Si l'on essaie de concilier les différents thèmes de campagne du candidat U.M.P. portant à la fois sur des considération d'identité et d'insécurité, de réformes et de valorisation du travail, il semble que la seule cohérence qui tienne allie un conservatisme sociétal et identitaire et un certain libéralisme anti-étatiste-la réforme abaissant les droits de succession est une mesure anti-fiscale qui favorise la famille, valeur "conservatrice", par excellence-, l'on s'aperçoit que c'est l'électorat "droitier" qui a été le plus courtisé.
Nous nous retrouvons d'ailleurs dans ces valeurs.
Aux Etats-Unis d'Amérique, ces deux volets vont de pair chez les néo-conservateurs mais, en France, il existe ce que j'appelle des "libéraux déracinés" (alors que je défends pour ma part un "libéralisme enraciné"), à savoir des gens attachés à la liberté d'entreprise et d'entreprendre (tout comme nous) mais peu attachés à la nécessité d'inscrire cette dernière dans le respect d'un terroir et d'une identité qui lui est propre.
Réflexion faite, il apparaît que la sincérité sarkozienne n'était pas de mise concernant le volet "souveraineté et identité nationale". Il apparaît aussi plus profondément un malentendu entre, distinction subtile mais profonde parmi ceux qui dénoncent l'idéologie étatiste ou du moins le caractère tentaculaire de l'Etat-Providence, un malentendu sur l'origine de la réussite légitimement primée.
A travers le discours de campagne, on pouvait s'attendre à un discours basé sur le mérite: adressé aux classes moyennes du secteur privé mais aussi aux petits entrepreneurs,
Alors que la réussite concerne plutôt les tenants de la "jet-society" la réussite facile ou le gain spéculatif totalement déconnecté de la "France du travail", d'autant plus que ce type de réussite se base sur la réussite en Bourse et les délocalisations.
On est loin du modèle du petit patron de PME qui développe son affaire progressivement à partir de ses propres fonds ou même de l'entreprise Michelin dont la prospérité fait aussi celle de sa région d'implantation.
 
Connaissant les relations intimes de Nicolas Sarkozy à Neuilly et dans le monde du "show business", tout cela semble en concordance avec sa "culture" mais il n'empêche que le discours de campagne semblait aussi (malgré sa méconnaissance objective par l'intéressé...que les conseillers et les media peuvent compenser), s'adresser à la "France profonde", celle qui ne bénéficie pas nécessairement de l'Etat-Providence mais en subit les inconvénients. 
Il semble en tout cas que la vulgarité aille de pair avec un mépris de la France réelle, symptômatique en est que son dernier "écart de langage" se soit produit lors du Salon de l'Agriculture. C'est à cette occasion que l'on constate d'ailleurs combien les "nouvelles élités" mondialisées peuvent paraître aussi méprisantes à l'encontre de la culture française classique que des petites gens qui composent la France profonde. Nous nous indidignons profondément devant cette attitude, ou plutôt, cette posture.
 
L'honnête (excepté sur la question du traité de Lisbonne) François Fillon a bien tenté de "rattraper le coup" une fois de plus...en déplaçant le débat vers des considérations de fonds qui intéressent le plus les Français: la question du pouvoir d'achat dont nous savons qu'elle est pertinemment liée à la distorsion entre offre et demande dans notre pays, que le processus de délocalisation explique largement.
Or, alors que le gouvernement actuel s'était jusqu'à présent focalisé sur la question de la demande sans s'occuper de l'offre (à travers certaines bonnes mesures comprises dans la loi TEPA), le voilà qui s'intéresse désormais à la question de l'augmentation du coût de la vie dont nous attendons les modalités concrètes qui, sans que nous ne doutions de leur efficacité, ne s'attacheront probablement pas aux trois principaux facteurs d'inflation que sont l'"euro fort' (si paradoxal que cela puisse paraître), la concentration francilienne (à l'exception de certains déparements dynamiques comme la Vendée) et (merci la PAC et l'OMC!), la raréfaction des matières premières agricoles.
 
J'en profite pour lui émettre une propostion qui me tient à coeur: puisque l'on parle de baisse de la TVA (que Bruxelles interdit illégitimement dans le domaine de la restauration, pénalisant ainsi nombre de jeunes entrepreneurs méritants): BAISSER LA TVA UNIQUEMENT DANS LES PETITS COMMERCES DE PROXIMITE.
Cette mesure permettra de concilier l'impératif de protection des petits commerçants, garantie de lien social à l'échelon local, et...la mise en place d'une véritable concurrence "loyale" qui incitera peut-être les grandes surfaces (à l'heure où l'on parle de réforme de la loi Galland) à plus de modération.
 
Quoiqu"il en soit, l'exemple du  Premier Ministre actuel semble montrer que l'on peut très bien concilier culture française dans son acception la plus modeste (mais en même temps la plus raffinée) et mise en oeuvre de nécessaires réformes économiques...même si l'efficacité totales de ces dernières impliquent un recouvrement de notre souveraineté nationale!
 

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Etienne 15/03/2008 12:09

En somme, Sarkozy s'est grillé parce qu'il a trop dévoilé son côté "jet-set" au lieu de continuer à incarner la "France du travail" (pas au sens marxiste) pendant la campagne présidentielle.

Ludovic 15/03/2008 12:02

Les classes moyennes se retrouvent avec la monde de la finance dans la dénonciation de l'Etat-Providence.
Il n'est pas étonnant que le pacte ait tenu...le temps de la campagne présidentielle!

JEAN DU TERROIR 13/03/2008 17:36

Cet article se trouve aujourd'hui confirmé par l'inéluctable "vote-sanction de droite" qui s'est traduit aux élections muncipales par une légère résurgence du FN dans certains endroits et, surtout, par l'importance des listes "divers droite" notamment en PACA.

Ce "vote-sanction" n'a pas touché les candidatures rejetant l'ouverture à gauche telle que la liste de l'excellent Myard à Maisons-Laffites, comme indiqué par Philippe de Villiers, lui-même très brillement réélu dans le canton de Montaigu en Vendée